Quatre têtes arrondies en forme de virgule, qui semblent tourner autour d’un centre : le lauburu, qu’on appelle aussi croix basque, est partout au Pays basque, sur les maisons, les stèles, les bijoux et les logos. Il a pourtant un statut à part dans notre série : c’est une « cousine » des croix chrétiennes, mais ce n’est pas une croix chrétienne au sens strict. Et son histoire réserve quelques surprises.



« Quatre têtes »
En basque, lau signifie « quatre » et buru « tête » : le lauburu est littéralement la « croix à quatre têtes ». Ses quatre branches arrondies, en forme de virgule, sont tournées dans le même sens, ce qui lui donne une impression de rotation. On trouve aussi des variantes à deux, trois ou davantage de virgules, et des orientations vers la droite comme vers la gauche.
L’expression « croix basque » est plus récente qu’on ne pense. Dans la première moitié du XXe siècle, les chercheurs parlaient encore de « croix à virgules » : c’est le titre d’un article de Philippe Veyrin dans le Bulletin du Musée basque en 1936.
Pourquoi ce n’est pas une croix chrétienne
Le lauburu n’a pas été créé pour représenter la croix du Christ. Il appartient à la famille des croix à branches recourbées, apparentées au svastika, un motif décoratif et symbolique très ancien présent dans de nombreuses cultures. Les historiens et auteurs ont proposé toutes sortes de significations (soleil, cycle de la vie, quatre éléments, quatre provinces…), sans qu’aucune ne soit démontrée.
Cela ne l’a pas empêché de cohabiter avec le christianisme : on le trouve sculpté sur des stèles funéraires et même sur des objets d’église, comme les fonts baptismaux de l’église de Knopp-Labach, en Allemagne. Mais c’est un symbole identitaire et décoratif, pas un symbole de la foi chrétienne. C’est pour cette raison que nous le classons parmi les « cousines » des croix chrétiennes.
Une histoire plus récente et plus politique qu’on ne croit
On lit souvent que le lauburu remonterait à la nuit des temps. L’historien Santiago de Pablo (université du Pays basque), qui lui a consacré une étude en 2009, est plus prudent. Selon lui :
- le lauburu, sous la forme qu’on lui connaît, apparaît au XVIIe siècle ;
- au XIXe siècle, il en vient à symboliser l’unité de quatre provinces basques ;
- il est ensuite identifié à un svastika, présenté par Sabino Arana, fondateur du Parti nationaliste basque, comme symbole de la nation basque, sous une forme presque identique au symbole nazi ;
- après l’arrivée d’Hitler au pouvoir, le mouvement nationaliste basque abandonne cette version et adopte définitivement le lauburu curviligne actuel.
Il ne figure d’ailleurs dans aucune des armoiries historiques des sept provinces basques. Sous le franquisme (1939-1975), qui réprima de nombreux éléments de la culture basque, son usage comme emblème culturel recula, avant de redevenir l’un des symboles les plus connus du Pays basque.
Bref, un symbole plus jeune, plus politique et plus mouvant que sa réputation de « croix millénaire » ne le laisse croire. Pour une vraie croix chrétienne régionale, voyez la croix de Camargue ou la croix de Lorraine.
Vous pouvez retrouver la signification de la croix basque et de bien d’autres dans cette vidéo. Bon visionnage 🍿
✝️ La série sur les croix chrétiennes
Pour avoir la vue d’ensemble, commencez par l’article principal : La croix chrétienne : histoire, formes et symboles.
Les grandes formes : croix latine · croix grecque · croix en tau · croix de Saint-André · croix de Saint-Pierre
Les croix des Églises et des peuples : croix orthodoxe · croix copte · croix éthiopienne · croix arménienne (khatchkar) · croix celtique · croix de sainte Brigide · croix de Canterbury · croix huguenote
Les croix des ordres et des pouvoirs : croix de Malte · croix templière (pattée) · croix de Jérusalem · croix de Saint-Jacques · croix papale · croix de Lorraine
Croix régionales : croix de Camargue · et une cousine qui n’est pas chrétienne : la croix basque (lauburu)
Symboles voisins : le Chrisme · INRI · l’orbe crucigère · l’ichtus
Sources
- Santiago de Pablo, « El lauburu. Política, cultura e identidad nacional en torno a un símbolo del País Vasco », Memoria y Civilización, vol. 12, 2009, p. 109-153 : doaj.org (texte intégral : revistas.unav.edu)
- Philippe Veyrin, « La croix à virgules dite croix basque », Bulletin du Musée basque, n° 11, 1936 (cité par S. de Pablo).
- Wikipédia (en), « Lauburu », consulté en octobre 2026 : en.wikipedia.org/wiki/Lauburu
- Flags of the World, « Historical Flags (Basque Country, Spain) » : flagspot.net




Première photo, sur le font baptismal à l’église de Knopp-Labach en Allemagne, le lauburu est à l’intérieur du soleil, représenté par les rayons.
Le centre de la croix, figure le cœur du soleil qui tourne sur lui- même, d’où cette représentation en hélice, figurant un mouvement. Les hélices tournent dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, tout comme le soleil et les planètes de notre système solaire.
Conférer l’article de presse du CNRS du 4 août 2017 :
Pour la première fois, la vitesse de rotation du cœur du Soleil a pu être évaluée correctement. Remarquablement stable depuis 4,6 milliards d’années, le Soleil est maintenu ainsi par l’équilibre quasi parfait entre la gravitation, qui tend à le contracter, et la pression des réactions thermonucléaires en son cœur. Des chercheurs fédérés auprès d’une équipe du laboratoire Lagrange (CNRS/Observatoire de la Côte d’Azur/Université Nice Sophia Antipolis) ont mesuré que le cœur de notre étoile tournait sur lui-même en une semaine. Grâce à l’instrument Golf1, en orbite autour de notre étoile à bord de la sonde Soho2 pour mesurer les oscillations solaires, ils ont développé une nouvelle approche qui a enfin permis de détecter sans ambiguïté des modes de vibration de gravité dans notre étoile. Ces travaux, qui relancent plus largement l’étude de la physique de ce cœur, sont publiés dans la revue Astronomy & Astrophysics.
… Ces modes de gravité indiquent notamment la présence d’une zone où la vitesse varie énormément, à la frontière du cœur thermonucléaire, ce qui n’est pas prévu par son modèle standard. Cela relance également les discussions sur la nature d’un possible champ magnétique au centre de l’astre.