Une croix rouge dont la branche inférieure s’effile comme une lame et dont les autres branches s’épanouissent en fleurs de lys : la croix de Saint-Jacques, ou cruz de Santiago, mêle la croix et l’épée. Les pèlerins de Compostelle la croisent à chaque étape, sur des coquilles, des façades et même… sur la célèbre tarte de Santiago.

Une croix en forme d’épée
En héraldique, la croix de Saint-Jacques combine deux formes : une croix « fichée », dont le pied se termine en pointe comme pour être planté dans le sol, et une croix fleurdelisée (ou parfois ancrée), dont les bras s’achèvent en fleurs de lys. Le résultat évoque une épée dont la garde et le pommeau seraient fleuris. On l’appelle d’ailleurs aussi cruz espada, la « croix-épée ».
L’ordre de Santiago
Cette croix est l’emblème de l’ordre de Santiago, un ordre religieux et militaire fondé en 1170 dans le royaume de León, sous le roi Ferdinand II. Sa mission initiale : protéger les pèlerins sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle et défendre les territoires chrétiens pendant la Reconquista. Le pape Alexandre III approuve sa règle en 1175. Particularité : contrairement à beaucoup d’ordres militaires, ses membres pouvaient se marier.
L’ordre existe toujours, aujourd’hui comme ordre nobiliaire, honorifique et religieux sous l’autorité de la couronne d’Espagne. Une branche portugaise, l’ordre militaire de Saint-Jacques de l’Épée, a donné naissance à une décoration portugaise toujours décernée.
Saint Jacques et la bataille de Clavijo
Le nom vient de l’apôtre Jacques le Majeur, frère de Jean, patron de l’Espagne. Selon le Nouveau Testament, il fut mis à mort par l’épée sur ordre d’Hérode Agrippa (Actes des Apôtres, 12, 2), ce qui donne tout son sens à la lame de la croix : elle rappelle son martyre.
Une légende espagnole raconte aussi qu’à la bataille de Clavijo, que la tradition situe au IXe siècle, l’apôtre serait apparu sur un cheval blanc, portant un étendard blanc à croix rouge, pour aider les chrétiens contre les musulmans. C’est l’origine de l’image de Santiago Matamoros, « saint Jacques tueur de Maures ». Les historiens considèrent cette bataille comme légendaire. L’image a d’ailleurs pris une tournure encore plus sombre lors de la conquête des Amériques, comme l’a étudié l’historien Alfred J. Andrea.
Que symbolise-t-elle ?
Le rouge est généralement associé au sang versé par l’apôtre. L’épée renvoie à la fois à son martyre et à l’idéal du chevalier chrétien qui défend la foi. Associée à la coquille, elle est aujourd’hui surtout un symbole du pèlerinage de Compostelle, bien au-delà de l’ordre militaire.
Pour d’autres croix de chevaliers, voyez la croix templière et la croix de Malte.
✝️ La série sur les croix chrétiennes
Pour avoir la vue d’ensemble, commencez par l’article principal : La croix chrétienne : histoire, formes et symboles.
Les grandes formes : croix latine · croix grecque · croix en tau · croix de Saint-André · croix de Saint-Pierre
Les croix des Églises et des peuples : croix orthodoxe · croix copte · croix éthiopienne · croix arménienne (khatchkar) · croix celtique · croix de sainte Brigide · croix de Canterbury · croix huguenote
Les croix des ordres et des pouvoirs : croix de Malte · croix templière (pattée) · croix de Jérusalem · croix de Saint-Jacques · croix papale · croix de Lorraine
Croix régionales : croix de Camargue · et une cousine qui n’est pas chrétienne : la croix basque (lauburu)
Symboles voisins : le Chrisme · INRI · l’orbe crucigère · l’ichtus
Sources
- Vive Camino (La Voz de Galicia), « The Cross of Santiago: its origin and meaning » : vivecamino.com
- Alfred J. Andrea, « Santiago Matamoros », essai publié sur le blog d’Andrew Holt, 18 décembre 2020 : apholt.com
- Medalbook, « Military Order of Santiago, Knight Cross » (fondation 1170, approbation 1175) : medalbook.com
- Wikipédia (en), « Cross of Saint James » et « Order of Santiago », consultés en octobre 2026 : en.wikipedia.org/wiki/Cross_of_Saint_James
- Bible, Actes des Apôtres, chapitre 12, verset 2.
- Image : « Cross Santiago.svg », Wikimedia Commons.



