C’est le symbole religieux le plus répandu au monde. On le voit sur les clochers, les tombes, les drapeaux, les blasons et au cou de millions de personnes. Pourtant, il n’y a pas une croix chrétienne, mais des dizaines : latine, grecque, orthodoxe, copte, celtique, de Malte, de Lorraine, de Jérusalem… Chacune raconte une histoire, une Église, un peuple ou un ordre de chevaliers. Ce guide vous donne la carte pour vous y retrouver, avec un article détaillé pour chaque croix.

Sommaire des croix

Vous êtes pressé ? Voici toutes les croix de la série, classées par famille. Les explications détaillées suivent plus bas.

Une croix avant le christianisme ?

Deux traits qui se croisent : c’est l’un des signes les plus simples qu’on puisse tracer. Sans surprise, des formes de croix existent bien avant le christianisme. Comme le rappelle l’Encyclopædia Britannica, elles ont servi de symboles, religieux ou non, longtemps avant l’ère chrétienne, sans qu’on sache toujours s’il s’agissait de simples marques ou de signes de croyance.

Deux de ces formes anciennes ont été reprises par les chrétiens. L’ankh égyptien, signe de vie en forme de tau surmonté d’une boucle, a été très utilisé sur les monuments coptes (voir la croix copte). Et le svastika, appelé crux gammata, apparaît sur de nombreuses tombes paléochrétiennes comme une évocation voilée de la croix.

Un symbole qu’on n’osait pas montrer

Pour les premiers chrétiens, la croix posait un sérieux problème d’image. La crucifixion était un supplice infamant, pratiqué notamment par les Perses, les Carthaginois et les Romains. Selon la Britannica, avant Constantin, les chrétiens étaient extrêmement réservés dans la représentation de la croix, qui pouvait les exposer à la moquerie ou au danger.

Les toutes premières traces sont discrètes : dans des manuscrits grecs du Nouveau Testament comme les papyrus P66 ou P75, les copistes utilisent le staurogramme, un tau et un rhô superposés, pour abréger le mot stauros, « croix ».

Le tournant de Constantin

Au IVe siècle, tout bascule. Après sa conversion, l’empereur Constantin abolit la crucifixion comme peine capitale et promeut la croix et le Chrisme comme symboles de la foi chrétienne. Sa mère, l’impératrice Hélène, est créditée par la tradition de la découverte de la Vraie Croix à Jérusalem : des fragments de cette relique se diffusent ensuite dans toute la chrétienté, et la croix à double traverse qui les symbolise donnera naissance à la croix de Lorraine.

À partir de là, la croix devient omniprésente dans l’art chrétien et sur les monuments funéraires. Mais pendant plusieurs siècles, elle est surtout montrée comme le signe de la victoire du Christ sur le mal et la mort ; les représentations réalistes de sa souffrance sont évitées. L’une des plus anciennes images chrétiennes connues de la crucifixion est une plaque d’ivoire sculptée vers 420, conservée au British Museum.

Les quatre formes de base

La Britannica distingue quatre types fondamentaux de croix dans l’iconographie chrétienne. Toutes les autres en dérivent.

  • La croix latine (crux immissa), dont la branche du bas est plus longue : c’est la croix « classique » de la crucifixion.
  • La croix grecque (crux quadrata), aux quatre branches égales, très répandue dès le IVe siècle.
  • La croix en tau (crux commissa), en forme de T, liée à saint Antoine et à saint François d’Assise.
  • La croix de Saint-André (crux decussata), en forme de X, devenue le drapeau de l’Écosse.

On peut y ajouter la croix de Saint-Pierre, une croix latine renversée qui, contrairement à sa réputation, est d’abord un symbole chrétien d’humilité.

Croix ou crucifix ?

La croix est la forme nue ; le crucifix porte la figure du Christ. Les catholiques, les anglicans et les luthériens utilisent volontiers le crucifix, tandis que d’autres traditions protestantes préfèrent la croix nue, comme signe de la résurrection. Après la Réforme, les luthériens ont largement conservé l’usage décoratif et liturgique de la croix, et les Églises anglicanes en ont relancé l’usage à partir du milieu du XIXe siècle. Toutes les confessions ne l’adoptent pas : les Témoins de Jéhovah, par exemple, n’utilisent pas la croix dans leur culte.

Les croix des Églises et des peuples

Chaque grande tradition chrétienne a développé ses propres formes :

Les croix des ordres, des chevaliers et des pouvoirs

Avec les croisades et les ordres militaires, la croix devient aussi un insigne, un uniforme, un blason :

Les croix régionales… et une cousine

Certaines croix sont nées bien plus tard pour incarner une région. La croix de Camargue, dessinée en 1926, réunit la foi, l’espérance et la charité dans les tridents des gardians, l’ancre des pêcheurs et le cœur des saintes Maries. Quant à la croix basque, ou lauburu, elle porte le nom de croix mais n’est pas une croix chrétienne : c’est un symbole identitaire basque, apparenté au svastika, dont l’histoire est plus récente qu’on ne le croit.

Que symbolise la croix ?

Pour la Britannica, la croix est le principal symbole de la religion chrétienne : elle rappelle la crucifixion de Jésus et les bienfaits rédempteurs de sa Passion et de sa mort. Dans la foi chrétienne, elle dit à la fois la mort et la résurrection : l’instrument du supplice devient le signe du salut.

Au fil des siècles, les théologiens, les artistes et les symbolistes y ont lu bien d’autres choses : l’arbre de vie (très présent chez les Arméniens et les Éthiopiens), la rencontre du ciel et de la terre, les quatre directions de l’espace, les quatre évangélistes… Ces lectures sont des interprétations, souvent belles, mais il faut les distinguer de l’histoire documentée. C’est d’ailleurs la ligne de cette série : séparer ce que l’on sait de ce que l’on raconte.

Pour aller plus loin sur les symboles qui accompagnent la croix, voyez aussi l’inscription INRI et l’orbe crucigère, le globe surmonté d’une croix des rois et des empereurs.

Plusieurs de ces croix sont aussi présentées dans cette vidéo. Bon visionnage 🍿

Sources

  • Encyclopædia Britannica, « Cross (religious symbol) », consulté en octobre 2026 : britannica.com/print/article/144028
  • Encyclopædia Britannica, « Crucifixion (capital punishment) », consulté en octobre 2026 : britannica.com/print/article/144583
  • Larry Hurtado, « The staurogram in early Christian manuscripts: the earliest visual reference to the crucified Jesus? », dans Thomas Kraus (dir.), New Testament Manuscripts, Leiden, Brill, 2006, p. 207-226.
  • Catholic World Report, « Legends and History of the True Cross », 2021 : catholicworldreport.com
  • Wikipédia (en), « Christian cross » et « Christian cross variants », consultés en octobre 2026 : en.wikipedia.org/wiki/Christian_cross_variants
  • Les sources propres à chaque croix sont détaillées à la fin de chaque article de la série.

À propos de l'auteur

Tony

Créateur et animateur de la chaine youtube mysteria, je navigue entre ésotérisme, occultisme, archéologie alternative, spiritualité etc. J'essaie de traiter tous ces sujets passionnants avec une juste dose d'esprit critique, pour explorer les mondes immatériels tout en gardant les pieds sur terre.

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