Les protestants ne sont pas réputés pour aimer les images et les symboles. Et pourtant, ils ont le leur : la croix huguenote. Une croix de Malte, des fleurs de lys, des petits cœurs et une colombe suspendue… Ce bijou, né dans le Languedoc au moment où le protestantisme était interdit en France, est devenu le signe de reconnaissance des réformés.



À quoi ressemble la croix huguenote ?
Elle associe deux éléments : une croix et un pendentif. La croix, à quatre branches égales, s’inspire de la croix de Malte et de la croix du Languedoc : chaque branche se termine par deux pointes, souvent boutonnées. Entre les branches s’intercalent quatre fleurs de lys, qui dessinent avec elles quatre petits cœurs ajourés. Sous la croix pend une colombe aux ailes déployées.
Née à Nîmes, en pleine persécution
Selon le Musée protestant, la croix aurait été créée dans le sud de la France par un orfèvre nîmois nommé Maystre, vers 1688. Le contexte est lourd : trois ans plus tôt, en 1685, Louis XIV a révoqué l’édit de Nantes, et le culte réformé est interdit. Toujours selon le Musée protestant, la croix aurait connu un succès rapide grâce au mouvement des « prophètes » cévenols. Sa diffusion dans le monde réformé hors du Midi semble en revanche plus récente : elle pourrait être liée aux migrations de population du dernier tiers du XIXe siècle. Le nom même de « croix huguenote » ne s’imposerait qu’à la fin du XIXe siècle.
Pourquoi une croix si proche des décorations royales ? On a souvent remarqué qu’elle ressemblait à l’insigne de l’ordre du Saint-Esprit, fondé par Henri III, qui porte lui aussi une colombe. D’où diverses interprétations, comme celle d’une affirmation discrète de loyauté des protestants envers la monarchie, à une époque où ils étaient exclus des honneurs. C’est une hypothèse d’interprétation, pas un fait documenté par l’orfèvre lui-même.
Le renouveau du XXe siècle
Après une longue période d’oubli, la croix revient à la mode grâce aux érudits et collectionneurs protestants. Raoul Allier, professeur à la faculté de théologie protestante de Paris, en aurait possédé une centaine. Avec l’ouverture du musée du Désert à Mialet (Gard) en 1911, elle devient un objet d’exposition, et la librairie protestante de Paris en vend à partir de 1912. Dans l’entre-deux-guerres, elle commence à remplacer le pendentif en forme de cœur offert aux jeunes filles lors de leur confirmation. Son usage dans l’insigne de résistants protestants pendant la Seconde Guerre mondiale contribue à en faire le bijou protestant par excellence. Elle est aujourd’hui portée par les hommes comme par les femmes, en France et ailleurs : les Vaudois du Piémont, par exemple, l’ont adoptée en signe de solidarité.
Quatre communes françaises ont même une croix huguenote dans leurs armoiries modernes, pour rappeler leur passé protestant : Saint-Mards-en-Othe (Aube), et Kirrberg, Ratzwiller et Rauwiller (Bas-Rhin).




Que symbolise chaque élément ?
La croix huguenote se prête à une lecture détaillée. Ces interprétations sont celles que proposent aujourd’hui les Églises et sociétés protestantes ; elles ne remontent pas forcément à l’orfèvre du XVIIe siècle.
- La croix rappelle la mort du Christ et sa victoire sur la mort.
- Les huit pointes peuvent renvoyer aux huit Béatitudes de l’Évangile selon Matthieu (5, 3-10), qui évoquent notamment ceux qui sont persécutés pour la justice.
- Les quatre fleurs de lys, à trois pétales chacune, totalisent douze pétales : on y voit les douze apôtres. Le lys est aussi l’emblème de la France.
- Les quatre cœurs sont lus comme un signe d’amour et de loyauté ; la National Huguenot Society y voit une évocation du sceau de Jean Calvin, qui représente un cœur offert.
- La colombe représente le Saint-Esprit, la colombe de la Pentecôte. Dans une variante, elle est remplacée par une petite goutte appelée trissou en occitan. Le Musée protestant y voit une allusion à la Sainte Ampoule du sacre des rois de France ; d’autres auteurs l’interprètent comme une larme versée pendant les persécutions.
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✝️ La série sur les croix chrétiennes
Pour avoir la vue d’ensemble, commencez par l’article principal : La croix chrétienne : histoire, formes et symboles.
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Sources
- Musée protestant, « La croix huguenote » (version anglaise « The Huguenot cross ») : museeprotestant.org
- The National Huguenot Society, « The Huguenot Cross » : nationalhuguenotsociety.org
- Église protestante unie de Royan, « Pourquoi les protestants portent la croix huguenote » (2022) : royan.epudf.org
- Valdesina, « The Huguenot cross » : valdesina.it
- Wikipédia (fr), « Croix huguenote » (s’appuyant notamment sur le Musée virtuel du protestantisme, le site du musée du Désert et Mireille-Bénédicte Bouvet, Protestantismes – Vocabulaire typologique, Éditions du Patrimoine, 2014), consulté en octobre 2026 : fr.wikipedia.org/wiki/Croix_huguenote
- Bible, Évangile selon Matthieu, chapitre 5, versets 3 à 10.



