Toute tradition initiatique a son grand récit. Celui de la franc-maçonnerie est une histoire de meurtre, de silence et de renaissance : la légende d’Hiram. Elle est au cœur du troisième grade, celui de maître, et elle a donné à la franc-maçonnerie l’un de ses symboles les plus forts : le rameau d’acacia.

Planche botanique ancienne de l'Acacia nilotica, l'arbre de la gomme arabique
L’acacia de la gomme arabique (Acacia nilotica), planche botanique ancienne. Wellcome Collection, domaine public.

Hiram dans la Bible

Le personnage a une base biblique. Le premier livre des Rois (7, 13-14) mentionne un Hiram, « fils d’une veuve de la tribu de Nephtali », que Salomon fait venir de Tyr pour couler les objets de bronze du Temple de Jérusalem, dont les deux colonnes Jakin et Boaz. C’est l’origine de l’expression « fils de la veuve ». Attention à ne pas le confondre avec un autre Hiram, roi de Tyr, qui fournit à Salomon des matériaux et des ouvriers.

En revanche, la Bible ne raconte aucun meurtre. Toute la suite est une création maçonnique.

La légende maçonnique

Dans la légende, Hiram devient l’architecte en chef du Temple. Un jour, trois compagnons l’attendent aux portes du chantier et exigent qu’il leur révèle les secrets des maîtres. Il refuse, à chaque fois. Il est frappé avec des outils de maçon et succombe au troisième coup. Ses meurtriers l’enterrent dans une tombe de fortune, marquée d’un rameau d’acacia. Quand on constate sa disparition, les hommes de Salomon retrouvent la tombe, les coupables sont châtiés, et Salomon remplace le mot de maître perdu par un mot de substitution.

Le catéchisme publié par Samuel Prichard en 1730, Masonry Dissected, en donne déjà une version détaillée : trois malfaiteurs, « supposés être trois compagnons », attendent Hiram aux trois entrées du Temple ; on le retrouve quinze jours plus tard, et l’on plante un rameau de cassia à la tête de sa tombe. Le texte précise que Salomon fait assister quinze compagnons à ses funérailles, en gants et tabliers blancs (voir le tablier et les gants). L’éditeur moderne du texte note que l’acacia, la cassia et le mimosa sont des arbustes de la même famille.

Une légende récente

Malgré son décor antique, la légende est jeune : elle apparaît au début des années 1720. L’historien Christopher Powell (2021) pense que Jean-Théophile Désaguliers l’aurait rédigée et introduite dans le grade de maître ; il ne trouve aucune trace du récit avant 1720. C’est une hypothèse documentée, pas une certitude absolue, mais elle montre bien qu’il faut lire Hiram comme un mythe fondateur, non comme un fait historique.

Ce n’est pas un défaut. Comme je l’explique dans l’article sur l’initiation et la transmission, beaucoup de rites initiatiques mettent en scène une mort et une renaissance. Le grade de maître fait vivre au candidat le destin d’Hiram. Les thèmes centraux de l’allégorie sont, selon les sources, la fidélité à la parole donnée et la certitude de la mort.

Pourquoi l’acacia ?

L’acacia n’a pas été choisi au hasard. L’Encyclopedia Masonica rappelle que la Bible l’appelle shittim et que, selon l’Exode (chap. 25-27), Moïse fit construire en bois d’acacia le Tabernacle, l’Arche d’alliance et la table des pains. C’est donc un bois sacré.

Son sens premier, en franc-maçonnerie, est l’immortalité : le rituel funéraire maçonnique cité par l’encyclopédie présente ce feuillage toujours vert comme « un emblème de notre foi en l’immortalité de l’âme ». L’encyclopédie mentionne aussi d’autres lectures, comme l’innocence ou l’initiation elle-même, et cite la formule du maître : « Mon nom est Acacia », c’est-à-dire, selon l’auteur maçonnique Oliver, une revendication de vie éternelle.

La BnF résume l’ensemble : la tombe d’Hiram et le rameau d’acacia rappellent le modèle de l’architecte du Temple de Salomon. La méditation sur la mort, elle, commence bien avant le grade de maître, dès le cabinet de réflexion.

Gravure coloriée représentant une reconstitution du Temple de Salomon à Jérusalem
Le Temple de Salomon à Jérusalem, gravure coloriée, vers 1804-1811. Wellcome Collection, domaine public.

Pour replacer la légende dans l’ensemble des symboles, voyez le guide du symbolisme maçonnique.

Sources

À propos de l'auteur

Tony

Créateur et animateur de la chaine youtube mysteria, je navigue entre ésotérisme, occultisme, archéologie alternative, spiritualité etc. J'essaie de traiter tous ces sujets passionnants avec une juste dose d'esprit critique, pour explorer les mondes immatériels tout en gardant les pieds sur terre.

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