On la remarque rarement au premier coup d’œil, et pourtant elle encadre tout. La corde à nœuds fait le tour du tableau de loge, et dans de nombreux temples elle court le long des murs. Ses nœuds, liés aux « lacs d’amour », et ses glands en font l’un des symboles les plus parlants de la franc-maçonnerie : celui du lien.

Une corde qui délimite et qui relie
La BnF décrit la corde nouée qui borde le tableau de loge comme une évocation de la chaîne d’union. Dans un autre texte, elle parle de la « cordelette des lacs d’amour », qui représente la chaîne de fraternité unissant les maçons. Dans sa présentation des temples français, elle mentionne aussi une corde à nœuds et à glands tendue le long du mur occidental.
La corde a donc une double fonction. Elle délimite un espace, celui du travail rituel, séparé du monde extérieur. Et elle relie : on peut voir chaque nœud comme un frère, attaché aux autres le long d’un même fil.
La bordure dentelée de 1730
Côté anglais, l’ancêtre de cette bordure apparaît dès 1730. Dans Masonry Dissected, Samuel Prichard décrit le « mobilier » de la loge : le pavé mosaïque, l’étoile flamboyante et l’Indented Tarsel, une bordure dentelée qui entoure le tout.
Le chercheur Shawn Eyer note que le terme varie selon les textes : Indented Tarsel chez Prichard, Indented Tessel dans certaines instructions d’apprenti, indented skirting chez Preston. Les interprétations varient aussi : dans le travail américain, la bordure représente les bienfaits accordés par la Providence ; dans le rite Émulation, elle figure les planètes, l’étoile centrale représentant le Soleil.
Et la « houppe dentelée » ?
En France, on rencontre l’expression « houppe dentelée ». L’historien Michel Taillefer la relève parmi les éléments du tableau de loge d’apprenti au XVIIIe siècle. Une « houppe », c’est une touffe de fils, un gland ; « dentelée » renvoie aux dents d’une bordure. Le rapprochement avec l’anglais indented tassel ou tessel est tentant, mais je ne sais pas s’il a été établi par une étude historique précise. Je le signale donc comme une hypothèse.
Ce que la corde enseigne
Le message tient en peu de mots : la loge est un ensemble, et ce qui la fait tenir, c’est le lien entre ses membres. La corde le montre de façon permanente, là où la chaîne d’union le fait vivre physiquement, quand les frères se donnent la main. La truelle, elle, dit la même chose dans le langage du chantier.
Pour la vue d’ensemble, lisez le guide du symbolisme maçonnique.
📐 La série sur les symboles maçonniques
Le guide : Le symbolisme en franc-maçonnerie
Le lieu : Le temple maçonnique · Le tableau de loge · Le pavé mosaïque · Jakin et Boaz · Les trois piliers · La corde à nœuds
Les outils : L’équerre et le compas · La pierre brute et la pierre cubique · Le maillet et le ciseau · La règle · Le niveau et la perpendiculaire · La truelle
Les lumières : Le delta lumineux et l’œil · La lettre G · L’étoile flamboyante · Le Soleil et la Lune
Le parcours : Le cabinet de réflexion et VITRIOL · Le tablier et les gants · L’acacia et la légende d’Hiram · La chaîne d’union
Sources
- BnF, Les Essentiels, « Les tableaux de loge ».
- BnF, Les Essentiels, « Les symboles francs-maçonniques et leur évolution ».
- BnF, Les Essentiels, « Les temples maçonniques ».
- Samuel Prichard, Masonry Dissected, Londres, 1730, texte reproduit par Guy Chassagnard, The Old Charges, chap. 33.
- Shawn Eyer, « The Mystery of the Mosaic Pavement », Philalethes, automne 2009, p. 90-97.
- Michel Taillefer, « Le temple maçonnique en France au XVIIIe siècle », Presses universitaires du Midi, 2014, DOI 10.4000/books.pumi.14767.
- Image : The Metropolitan Museum of Art, « Masonic Medal », 1826, domaine public.



