Qu’est-ce qui fait tenir une loge maçonnique ? La réponse est donnée depuis près de trois siècles par une formule devenue célèbre : trois piliers, nommés Sagesse, Force et Beauté. Pas des colonnes de pierre, cette fois (pour celles-là, voyez Jakin et Boaz), mais trois qualités sans lesquelles aucun édifice, ni aucune œuvre humaine, ne peut durer.

Une formule de 1730
Le catéchisme publié par Samuel Prichard en 1730, Masonry Dissected, pose la question : qu’est-ce qui soutient une loge ? Réponse : trois grands piliers, appelés Sagesse, Force et Beauté. Et chacun a son rôle : la Sagesse conçoit, la Force soutient, la Beauté orne. C’est simple, presque évident, et c’est justement pour cela que ça marche : un projet a besoin d’une idée juste, de moyens solides et d’une forme harmonieuse.
Trois piliers, trois officiers
Selon l’Encyclopedia Masonica, un catéchisme du XVIIIe siècle attribue chaque pilier à l’un des trois officiers qui dirigent la loge : la Sagesse au Maître, à l’Orient ; la Force au Premier Surveillant, à l’Occident ; la Beauté au Second Surveillant, au Midi. Un manuel de 1868, l’Ahiman Rezon de Daniel Sickels, ajoute que ces trois officiers forment un triangle et gouvernent ensemble, si bien qu’aucune loge ne peut s’ouvrir sans eux ou leurs représentants.
Trois ordres d’architecture
Les auteurs maçonniques ont ensuite associé les piliers aux ordres de l’architecture classique. Preston y voyait le toscan, le dorique et le corinthien ; Webb a remplacé le toscan par l’ionique. Chez Sickels, en 1868, on obtient le schéma qui s’est largement diffusé : l’ionique pour la Sagesse et le Maître, le dorique pour la Force et le Premier Surveillant, le corinthien pour la Beauté et le Second Surveillant. Le même ouvrage relie aussi les trois piliers aux trois bâtisseurs du Temple de Jérusalem : le roi Salomon, Hiram roi de Tyr et l’architecte Hiram.
En France : piliers ou chandeliers
Dans les loges françaises, la BnF cite parmi les symboles principaux « trois piliers ou chandeliers, représentant la sagesse, la force et la beauté ». L’historien Michel Taillefer décrit, pour le XVIIIe siècle, trois grands chandeliers placés à trois angles du tableau de loge, symboles de ces mêmes vertus. Les piliers deviennent alors des lumières.
L’Encyclopedia Masonica signale que les manuels français (Bazot) et allemands (Schröder) reprennent la même symbolique, et que certains hauts grades christianisés l’ont remplacée par la Foi, l’Espérance et la Charité.
D’où vient l’idée ?
L’Encyclopedia Masonica estime que ce symbole est antérieur à la fondation de la Grande Loge de Londres en 1717 et qu’il vient sans doute de la maçonnerie opérative. C’est une hypothèse d’auteur maçonnique : en l’état, je ne sais pas si des documents antérieurs à 1717 le confirment.
Pour voir comment ces trois piliers s’intègrent à l’ensemble de la loge, lisez le temple maçonnique et le guide du symbolisme maçonnique.
📐 La série sur les symboles maçonniques
Le guide : Le symbolisme en franc-maçonnerie
Le lieu : Le temple maçonnique · Le tableau de loge · Le pavé mosaïque · Jakin et Boaz · Les trois piliers · La corde à nœuds
Les outils : L’équerre et le compas · La pierre brute et la pierre cubique · Le maillet et le ciseau · La règle · Le niveau et la perpendiculaire · La truelle
Les lumières : Le delta lumineux et l’œil · La lettre G · L’étoile flamboyante · Le Soleil et la Lune
Le parcours : Le cabinet de réflexion et VITRIOL · Le tablier et les gants · L’acacia et la légende d’Hiram · La chaîne d’union
Sources
- Samuel Prichard, Masonry Dissected, Londres, 1730, texte reproduit par Guy Chassagnard, The Old Charges, chap. 33.
- Encyclopedia Masonica (Universal Co-Masonry), « Supports of the Lodge ».
- Daniel Sickels, General Ahiman Rezon, 1868, reproduit sur sacred-texts.
- BnF, Les Essentiels, « Une introduction aux langages maçonniques ».
- Michel Taillefer, « Le temple maçonnique en France au XVIIIe siècle », Presses universitaires du Midi, 2014, DOI 10.4000/books.pumi.14767.
- Image : Wellcome Collection, gravure de J. Wierix, Public Domain Mark.



