Qu’est-ce qui fait tenir une loge maçonnique ? La réponse est donnée depuis près de trois siècles par une formule devenue célèbre : trois piliers, nommés Sagesse, Force et Beauté. Pas des colonnes de pierre, cette fois (pour celles-là, voyez Jakin et Boaz), mais trois qualités sans lesquelles aucun édifice, ni aucune œuvre humaine, ne peut durer.

Gravure de 1577 associant un âge de la vie à l'ordre dorique de l'architecture classique
L’ordre dorique, gravure de Johan Wierix d’après Jan Vredeman de Vries (1577). Wellcome Collection, domaine public. La tradition maçonnique associe les trois piliers à des ordres d’architecture.

Une formule de 1730

Le catéchisme publié par Samuel Prichard en 1730, Masonry Dissected, pose la question : qu’est-ce qui soutient une loge ? Réponse : trois grands piliers, appelés Sagesse, Force et Beauté. Et chacun a son rôle : la Sagesse conçoit, la Force soutient, la Beauté orne. C’est simple, presque évident, et c’est justement pour cela que ça marche : un projet a besoin d’une idée juste, de moyens solides et d’une forme harmonieuse.

Trois piliers, trois officiers

Selon l’Encyclopedia Masonica, un catéchisme du XVIIIe siècle attribue chaque pilier à l’un des trois officiers qui dirigent la loge : la Sagesse au Maître, à l’Orient ; la Force au Premier Surveillant, à l’Occident ; la Beauté au Second Surveillant, au Midi. Un manuel de 1868, l’Ahiman Rezon de Daniel Sickels, ajoute que ces trois officiers forment un triangle et gouvernent ensemble, si bien qu’aucune loge ne peut s’ouvrir sans eux ou leurs représentants.

Trois ordres d’architecture

Les auteurs maçonniques ont ensuite associé les piliers aux ordres de l’architecture classique. Preston y voyait le toscan, le dorique et le corinthien ; Webb a remplacé le toscan par l’ionique. Chez Sickels, en 1868, on obtient le schéma qui s’est largement diffusé : l’ionique pour la Sagesse et le Maître, le dorique pour la Force et le Premier Surveillant, le corinthien pour la Beauté et le Second Surveillant. Le même ouvrage relie aussi les trois piliers aux trois bâtisseurs du Temple de Jérusalem : le roi Salomon, Hiram roi de Tyr et l’architecte Hiram.

En France : piliers ou chandeliers

Dans les loges françaises, la BnF cite parmi les symboles principaux « trois piliers ou chandeliers, représentant la sagesse, la force et la beauté ». L’historien Michel Taillefer décrit, pour le XVIIIe siècle, trois grands chandeliers placés à trois angles du tableau de loge, symboles de ces mêmes vertus. Les piliers deviennent alors des lumières.

L’Encyclopedia Masonica signale que les manuels français (Bazot) et allemands (Schröder) reprennent la même symbolique, et que certains hauts grades christianisés l’ont remplacée par la Foi, l’Espérance et la Charité.

D’où vient l’idée ?

L’Encyclopedia Masonica estime que ce symbole est antérieur à la fondation de la Grande Loge de Londres en 1717 et qu’il vient sans doute de la maçonnerie opérative. C’est une hypothèse d’auteur maçonnique : en l’état, je ne sais pas si des documents antérieurs à 1717 le confirment.

Pour voir comment ces trois piliers s’intègrent à l’ensemble de la loge, lisez le temple maçonnique et le guide du symbolisme maçonnique.

Sources

À propos de l'auteur

Tony

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