Un franc-maçon en tenue, c’est d’abord un homme (ou une femme, selon les obédiences) en tablier. C’est la pièce de vêtement la plus emblématique de la franc-maçonnerie, et elle est souvent accompagnée de gants blancs. Deux accessoires qui semblent bien modestes, mais qui racontent beaucoup de choses.

Groupe en porcelaine de Meissen : deux francs-maçons en tablier blanc, avec un compas et des outils de bâtisseur
« Deux francs-maçons », porcelaine de Meissen modelée par Johann Joachim Kändler, vers 1744. Metropolitan Museum of Art, domaine public.

Un vêtement de chantier

Le tablier vient tout droit du métier. La BnF le rappelle : porté par tout maçon en loge, il est hérité de la maçonnerie opérative, celle des bâtisseurs. Quand la franc-maçonnerie est devenue « spéculative », elle a gardé le vêtement en changeant son sens.

La porcelaine ci-dessus le montre bien. Ce groupe, modelé vers 1744 pour la manufacture de Meissen, représente deux francs-maçons en tablier blanc, avec un compas et des outils de bâtisseur au pied du piédestal. Le Metropolitan Museum note que leurs vêtements luxueux, rehaussés d’or, traduisent le rang social élevé des francs-maçons dans l’Allemagne des années 1740. On est loin du chantier… mais le tablier est resté.

Du tablier blanc aux insignes de grade

L’apprenti porte un tablier blanc et nu. Selon la BnF, ce tablier vierge se remplit bientôt d’images symboliques, et les tabliers, cordons et sautoirs servent à distinguer les grades : le tablier de maître, celui du Vénérable, celui de l’apprenti. La BnF souligne même la parenté étroite entre le tablier d’un grade et son tableau de loge : les mêmes symboles y reviennent.

Dans le monde anglophone, l’Encyclopedia Masonica cite le tablier de maître en peau d’agneau blanche, aux dimensions réglementées (14 pouces sur 12, selon un règlement du Massachusetts de 1918), et rappelle qu’en 1731 on autorisa les Maîtres et les Surveillants à doubler le leur de soie blanche. Autre détail : autrefois, le candidat offrait à chaque membre présent un tablier et une paire de gants blancs.

Les gants : des mains pures

Les gants ont, eux aussi, une origine pratique. L’auteur maçonnique Albert Mackey relève des achats de gants pour les ouvriers sur des chantiers médiévaux : à Villaines en 1331, à Dijon en 1383, à Amiens en 1486-1487. Les tailleurs de pierre s’en servaient pour protéger leurs mains.

Leur sens symbolique est très proche de celui du tablier. Pour Mackey, le tablier renvoie à un « cœur pur » et les gants à des « mains propres » : les actes du maçon doivent rester aussi immaculés que ses gants. Le catéchisme de Prichard, en 1730, montre déjà les compagnons en « gants et tabliers blancs » aux funérailles d’Hiram.

La seconde paire de gants

Voici une tradition charmante. Selon Mackey, en France, en Allemagne et dans d’autres rites du continent, le nouvel initié recevait deux paires de gants blancs : l’une pour lui, l’autre à offrir à la femme qu’il estimait le plus, son épouse ou sa fiancée. On peut y voir une façon d’associer à la démarche quelqu’un qui, dans les loges masculines de l’époque, ne pouvait pas y entrer.

Tablier et gants marquent ainsi le passage entre le monde profane et l’espace de la loge, au même titre que le cabinet de réflexion qui précède l’initiation. Pour la vue d’ensemble, voyez le guide du symbolisme maçonnique.

Sources

À propos de l'auteur

Tony

Créateur et animateur de la chaine youtube mysteria, je navigue entre ésotérisme, occultisme, archéologie alternative, spiritualité etc. J'essaie de traiter tous ces sujets passionnants avec une juste dose d'esprit critique, pour explorer les mondes immatériels tout en gardant les pieds sur terre.

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