Le Soleil et la Lune sont parmi les symboles les plus anciens de l’humanité, et ils occupent une place d’honneur dans la loge maçonnique. Le plus souvent, vous les trouverez à l’Orient, de part et d’autre du delta lumineux. Mais que viennent-ils faire là, au juste ?

Les trois lumières de 1730
Remontons au catéchisme publié par Samuel Prichard en 1730, Masonry Dissected. On y apprend que la loge est éclairée par trois lumières, de grandes chandelles posées sur de hauts chandeliers. Elles représentent le Soleil, la Lune et le Maître maçon. Le texte explique la logique : le Soleil gouverne le jour, la Lune gouverne la nuit, et le Maître gouverne sa loge. Joli parallèle, non ?
Le même catéchisme évoque aussi trois « lumières fixes », des fenêtres à l’est, au sud et à l’ouest. Pas de fenêtre au nord, car le soleil n’y lance pas ses rayons. Le décor de la loge suit donc la course du soleil.
De midi à minuit
Dans la tradition française, les deux astres sont liés au temps rituel. La BnF explique que la loge ouvre ses travaux à midi et les ferme à minuit. Ce sont des heures symboliques, bien sûr, pas les horaires réels des réunions. La BnF y lit un chemin de l’ombre vers la lumière, de l’ignorance vers la connaissance et l’harmonie. Dans une autre présentation, elle résume : le Soleil et la Lune figurent le cycle « de midi à minuit ».
Leur place dans le temple
Selon la BnF, l’Orient des temples français prend, à la fin du XXe siècle, une forme en trois parties : la Lune au nord, le delta rayonnant au centre, le Soleil au sud. Entre les deux guerres, les décors de soleil et de lune se multiplient aussi, avec des plafonds ornés du zodiaque.
On les retrouve également sur les tableaux de loge. La BnF précise que le tableau des premiers grades représente le Temple de Salomon, mais qu’il est aussi lu comme un symbole de l’univers tout entier, Soleil et Lune compris.
Un couple venu d’ailleurs
La BnF classe le Soleil et la Lune parmi les motifs d’origine ésotérique des tableaux de loge, avec l’alchimie, les planètes et les métaux. Si vous avez lu mon article sur la doctrine des correspondances, vous connaissez le principe : dans la tradition alchimique, le Soleil correspond à l’or et la Lune à l’argent. Le couple se prête naturellement à toutes les lectures par paires : le jour et la nuit, l’actif et le réceptif, la lumière directe et la lumière réfléchie. Ces lectures appartiennent toutefois à la réflexion de chacun, pas à un dogme maçonnique.
Pour poursuivre, voyez l’étoile flamboyante, troisième grande lumière céleste de la loge, et le guide du symbolisme maçonnique.
📐 La série sur les symboles maçonniques
Le guide : Le symbolisme en franc-maçonnerie
Le lieu : Le temple maçonnique · Le tableau de loge · Le pavé mosaïque · Jakin et Boaz · Les trois piliers · La corde à nœuds
Les outils : L’équerre et le compas · La pierre brute et la pierre cubique · Le maillet et le ciseau · La règle · Le niveau et la perpendiculaire · La truelle
Les lumières : Le delta lumineux et l’œil · La lettre G · L’étoile flamboyante · Le Soleil et la Lune
Le parcours : Le cabinet de réflexion et VITRIOL · Le tablier et les gants · L’acacia et la légende d’Hiram · La chaîne d’union
Sources
- Samuel Prichard, Masonry Dissected, Londres, 1730, texte reproduit par Guy Chassagnard, The Old Charges, chap. 33.
- BnF, Les Essentiels, « Une introduction aux langages maçonniques ».
- BnF, Les Essentiels, « Les symboles francs-maçonniques et leur évolution ».
- BnF, Les Essentiels, « Les temples maçonniques ».
- BnF, Les Essentiels, « Les tableaux de loge ».
- Image : Wellcome Collection, gravure de Thomas de Leu, Public Domain Mark.



