Une croix à laquelle il manque le haut. La croix en tau a la forme d’un T majuscule, celle de la lettre grecque tau, d’où son nom. Elle n’a pas l’air de grand-chose, et pourtant elle a traversé la Bible, les hôpitaux du Moyen Âge et la vie de l’un des saints les plus populaires du monde : François d’Assise.

Une croix en forme de T
La croix en tau est l’un des quatre types de base de la croix chrétienne recensés par l’Encyclopædia Britannica. Les historiens l’appellent crux commissa, une expression forgée au XVIe siècle par l’humaniste Justus Lipsius (1547-1606) pour distinguer cette croix en T de la croix latine et de la croix en X, dite croix de Saint-André.
Détail intéressant : des descriptions antiques de l’exécution par crucifixion suggèrent que la forme en T était courante chez les Romains. On ne peut pas pour autant affirmer avec certitude la forme exacte de la croix de Jésus, les Évangiles ne la décrivant pas.
Le signe d’Ézéchiel
Pour les chrétiens, le tau a une racine biblique. Dans le livre d’Ézéchiel (9, 4), Dieu ordonne de tracer une marque sur le front des habitants de Jérusalem qui gémissent sur les abominations commises dans la ville : ceux qui portent ce signe seront épargnés. Le mot hébreu employé est tav, la dernière lettre de l’alphabet hébreu, qui avait anciennement une forme de croix. Les commentateurs chrétiens y ont vu une préfiguration de la croix.
Saint Antoine et le « feu sacré »
On l’appelle aussi croix de saint Antoine. Ce nom vient des Hospitaliers de Saint-Antoine, les Antonins, un ordre né à la fin du XIe siècle en Dauphiné, autour des reliques de saint Antoine le Grand, l’ermite d’Égypte. Ces religieux portaient un habit noir marqué d’un tau bleu, et ils soignaient en particulier l’ergotisme, une intoxication due à un champignon du seigle, que l’on surnommait le « feu de saint Antoine ». À force, le tau est devenu l’attribut d’Antoine lui-même, représenté avec cette croix sur son manteau. Une autre explication voit dans le tau une stylisation du bâton sur lequel le vieil ermite s’appuyait.
Le pendentif en or ci-dessus, fabriqué en Angleterre vers 1485 et conservé au Metropolitan Museum de New York, témoigne de cette dévotion : selon le musée, il contenait peut-être une préparation végétale censée protéger de la maladie, et sa forme en tau renvoie à saint Antoine, protecteur des personnes atteintes de ces maux de peau.
Saint François d’Assise, champion du tau
Le 11 novembre 1215, en ouvrant le IVe concile du Latran, le pape Innocent III prêche sur le passage d’Ézéchiel et appelle tous les chrétiens à se marquer du tau, signe de pénitence et de conversion. François d’Assise prend l’invitation très au sérieux. Selon ses premiers biographes, il aimait ce signe parce qu’il représente la croix et la vraie pénitence ; il signait ses lettres d’un T et en traçait sur les murs.
Aujourd’hui, la croix en tau, souvent en bois, est portée par de nombreux franciscains et membres de l’Ordre franciscain séculier. Avec la disparition des Antonins en Occident, c’est d’ailleurs surtout à François qu’on l’associe désormais.
Tau, ankh et symbolisme
Le tau est parfois rapproché de l’ankh égyptien, la « croix de vie », qui est un tau surmonté d’une boucle. Ce rapprochement a un fondement historique : la Britannica rappelle que l’ankh, appelé crux ansata, a été adopté et très utilisé sur les monuments des chrétiens coptes (voir notre article sur la croix copte). Mais le tau franciscain, lui, vient d’Ézéchiel et des Antonins, pas d’Égypte ancienne.
Symboliquement, la croix en tau est souvent qualifiée de croix « d’attente » : sans la partie haute, elle évoque la croix avant que le Christ y soit élevé, ou la marque des élus avant le salut. C’est une lecture spirituelle répandue, notamment dans la tradition franciscaine, plutôt qu’une donnée historique.
✝️ La série sur les croix chrétiennes
Pour avoir la vue d’ensemble, commencez par l’article principal : La croix chrétienne : histoire, formes et symboles.
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Sources
- Encyclopædia Britannica, « Cross (religious symbol) », consulté en octobre 2026 : britannica.com/print/article/144028
- Bible, livre d’Ézéchiel, chapitre 9, versets 4 à 6.
- The Metropolitan Museum of Art, « Pendant Capsule in the Form of a Tau Cross, with the Trinity and the Virgin and Child », vers 1485, n° 1990.283a, b : metmuseum.org/art/collection/search/469929
- Secular Franciscan Order USA, « Francis of Assisi: The Tau » (document de formation) : secularfranciscansusa.org
- Province Our Lady of the Angels (franciscains conventuels), « The Franciscan Coat of Arms » : olaprovince.org
- Wikipédia (en), « Tau cross », consulté en octobre 2026 : en.wikipedia.org/wiki/Tau_cross



