Si tu as déjà tiré un Rider-Waite-Smith, tu connais ces petites cartes où il se passe quelque chose : un cœur percé de trois épées, un homme transpercé de dix lames… Pendant longtemps, on a cru que c’était une invention de 1909. En réalité, le tarot Sola Busca illustrait déjà ses 56 cartes mineures à la fin du XVe siècle.

Pour le contexte général, commence par l’histoire du tarot.

Le tarot Sola Busca, un jeu complet de la fin du XVe siècle

Le Sola Busca est le plus ancien tarot de 78 cartes parvenu complet jusqu’à nous : 21 atouts, le Mat et 56 cartes réparties en Coupes, Deniers, Bâtons et Épées. C’est aussi le plus ancien jeu dont toutes les cartes numérales sont illustrées de scènes, et non de simples symboles répétés. Autre nouveauté : les cartes sont numérotées, en chiffres romains pour les atouts et en chiffres arabes pour les autres. Et le Mat porte un zéro, ce qui est rare à l’époque.

Les cartes ont été gravées sur métal par un artiste inconnu. En 1938, l’historien de l’estampe Arthur Mayger Hind propose une gravure vers 1490 et une mise en couleurs en 1491, et l’attribue au miniaturiste ferrarais Mattia Serrati da Cosandola, pour un client vénitien. En 2012, l’exposition de la Pinacothèque de Brera avance d’autres noms : le graveur Nicola di Maestro Antonio et l’humaniste Ludovico Lazzarelli comme inspirateur possible, avec une version coloriée réalisée à Venise en 1491. Qui l’a vraiment fait ? Je ne le sais pas, et la question reste ouverte.

Nabuchodonosor, Alexandre et l’Empire romain

Oublie la Papesse, l’Empereur ou la Maison-Dieu : les atouts du Sola Busca ne suivent pas l’iconographie classique du tarot. Ce sont des personnages, souvent tirés de l’Antiquité, qui retracent librement l’essor et la chute de l’Empire romain. On y croise Gaius Marius, l’oncle de Jules César, Bacchus, ou encore Nabuchodonosor, roi de Babylone, en atout XXI.

Les figures des enseignes sont tout aussi chargées d’histoire. Le roi d’Épées est Alexandre le Grand, la reine d’Épées sa mère Olympias, le roi de Deniers son père Philippe II de Macédoine, et le cavalier de Coupes porte le nom de Nectanébo, dernier pharaon d’origine égyptienne.

De la famille Busca à la Pinacothèque de Brera

On ne connaît qu’un seul jeu complet peint à la main, plus 35 cartes non coloriées dispersées dans plusieurs musées : 23 à l’Albertina de Vienne, quatre au British Museum, quatre à Hambourg et quatre à Paris.

Le jeu colorié appartient au début du XIXe siècle à la marquise Busca, née duchesse Serbelloni. À partir de 1948, il passe à la famille Sola-Busca, qui lui donne son nom. En 2009, le ministère italien de la Culture l’achète 800 000 euros et le confie à la Pinacothèque de Brera, à Milan, où il rejoint son lointain cousin, le tarot Brambilla.

Le chaînon manquant du Rider-Waite-Smith ?

C’est l’épisode le plus savoureux. En 1907, la famille Busca-Serbelloni offre au British Museum des photographies en noir et blanc des 78 cartes. Deux ans plus tard, Pamela Colman Smith dessine à Londres le tarot de Waite. Les ressemblances sont frappantes : le Trois d’Épées, le Dix de Bâtons du Rider, qui rappelle le Dix d’Épées du Sola Busca, ou encore la place inhabituelle de la Force. D’où l’hypothèse, partagée par plusieurs chercheurs, que Smith et Waite ont vu ces photos au British Museum. C’est probable, mais aucun document ne le prouve.

Si c’est le cas, le tarot le plus vendu du XXe siècle doit une bonne part de ses arcanes mineurs à un jeu vénitien du XVe siècle. Pas mal pour un jeu qu’on croyait réservé aux collectionneurs.

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Sources

  • « Sola Busca tarot », Wikipedia, en.wikipedia.org.
  • Arthur Mayger Hind, Early Italian Engraving, Londres, 1938.
  • Collectif, Il Segreto dei Segreti, catalogue d’exposition, Milan, Skira, 2012.
  • British Museum, « Knight of Swords », tarot Sola Busca, n° 1845,0825.485, britishmuseum.org.

À propos de l'auteur

Tony

Créateur et animateur de la chaine youtube mysteria, je navigue entre ésotérisme, occultisme, archéologie alternative, spiritualité etc. J'essaie de traiter tous ces sujets passionnants avec une juste dose d'esprit critique, pour explorer les mondes immatériels tout en gardant les pieds sur terre.

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