Tu trouves que 78 cartes, c’est déjà beaucoup ? Les Florentins, eux, jouaient avec 97. Les minchiate sont une version XXL du tarot, avec 40 atouts au lieu de 21, où l’on croise les signes du zodiaque, les quatre éléments et les vertus. Un jeu qui a été plus populaire que le tarot lui-même en Italie, avant de tomber presque complètement dans l’oubli.
Pour le contexte général, commence par l’histoire du tarot.
Un nom qui ne veut pas dire grand-chose
Le mot minchiate viendrait d’un terme dialectal italien qui signifie « bêtises », « broutilles ». Une autre hypothèse le rapproche du Fou, la carte présente dans toutes les variantes du tarot. Dans les deux cas, ce n’est pas franchement solennel pour un jeu qui finira par représenter le cosmos entier.
La première mention connue du mot date de 1466, dans une lettre du poète Luigi Pulci à Laurent de Médicis. Mais à cette époque, le mot désigne probablement encore un tarot classique. Le jeu à 97 cartes apparaît, lui, dans les sources en 1506, sous un autre nom : germini, d’après les Gémeaux, la plus haute des nouvelles cartes. Ce n’est qu’au XVIIe siècle que le nom de minchiate passe au grand jeu, quand l’ancien tarot florentin, plus petit, cesse d’être produit.
Les minchiate : 97 cartes et 40 atouts
Le jeu compte 56 cartes réparties en quatre enseignes (Épées, Coupes, Deniers et Bâtons, avec valet, cavalier, dame et roi), un Fou sans numéro et 40 atouts. Environ la moitié de ces atouts sont propres aux minchiate. Dans l’ordre, on trouve :
- Des figures et des dieux : Mercure, l’Amour, Vénus, Bacchus.
- Les vertus : la Prudence, absente du tarot classique, rejoint la Charité, la Justice, l’Espérance et la Force.
- La Fortune, les âges de la vie et les cinq sens.
- Les quatre éléments : le Feu, la Terre, l’Eau et l’Air.
- Les douze signes du zodiaque, dans un ordre en partie désordonné.
- L’Étoile, la Lune, le Soleil, le Monde, et enfin la Renommée ou le Jugement, l’atout le plus fort.
Les 35 premiers atouts sont numérotés en chiffres romains. Les cinq plus hauts, les arie, ne le sont pas. La Papesse, elle, a disparu dès la fin du XVe siècle.


Comment on y jouait
Les minchiate sont un jeu de levées, comme tous les tarots anciens. On y joue de deux à quatre, le plus souvent à quatre en deux équipes, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Les atouts les plus forts rapportent le plus de points, et les joueurs annoncent en début de partie leurs versicole, des suites d’au moins trois cartes qui comptent des points. Le Fou, lui, permet de ne pas fournir à la couleur et ne peut jamais être pris. Une partie dure une trentaine de minutes.
Bref, rien de mystique : comme le tarot de Marseille à la même époque, les minchiate étaient un jeu de société, pas un outil de divination.
Gloire et déclin
Au XVIIe siècle, le jeu se répand en Italie et en France. En 1676, Paolo Minucci publie un commentaire qui le décrit. Au XVIIIe siècle, il dépasse le tarot en popularité en Italie. En France, le graveur François de Poilly en publie vers 1660 une version à enseignes françaises, où le Fou s’appelle Momus. On y joue même à la cour : en 1747, Marie-Josèphe de Saxe, future dauphine, joue aux minchiate, qu’elle a appris à Dresde.
La pente s’inverse à la fin du XIXe siècle. Le jeu survit encore à Gênes dans les années 1930, puis s’éteint presque totalement au XXe siècle. Il reste aujourd’hui un objet de collection et de curiosité, et quelques éditions modernes le font revivre.
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Sources
- « Minchiate », Wikipédia, fr.wikipedia.org.
- « Minchiate », Wikipedia, en.wikipedia.org.
- Michael Dummett, John McLeod, A History of Games Played with the Tarot Pack, 2004.
- Thierry Depaulis, « Early Italian Lists of Tarot Trumps », The Playing-Card, 2007.
- Romain Merlin, Origine des cartes à jouer, Paris, 1869.



