Si tu te promènes au cimetière du Père-Lachaise, tu tomberas sans doute sur un drôle de tombeau en forme de dolmen, toujours couvert de fleurs. C’est celui d’Allan Kardec, l’homme qui a donné au spiritisme sa doctrine. Et derrière ce pseudonyme aux allures celtiques se cache… un professeur lyonnais très sérieux.

Portrait gravé d'Allan Kardec publié dans L'Illustration le 10 avril 1869
Allan Kardec, gravure parue dans L’Illustration du 10 avril 1869. Domaine public, via Wikimedia Commons.

Biographie : du pédagogue au spirite

Allan Kardec s’appelle en réalité Hippolyte Léon Denizard Rivail. Il naît à Lyon le 3 octobre 1804 et grandit dans la foi catholique. Il étudie la philosophie et les sciences, et devient un disciple et collaborateur du grand pédagogue suisse Johann Heinrich Pestalozzi. Il parle allemand, anglais, italien et espagnol.

Pendant des années, Rivail est avant tout un homme d’éducation. Il fonde des écoles pour diffuser en France les méthodes de Pestalozzi, enseigne, écrit des ouvrages pédagogiques, traduit, donne des cours gratuits aux plus démunis. Il épouse Amélie Gabrielle Boudet le 6 février 1832. Bref, rien ne le destine à devenir le fondateur d’un mouvement spirituel.

Et puis, en mai 1855, à Paris, il assiste chez Madame de Plainemaison à une séance de tables tournantes, la grande mode de l’époque. Rivail avait déjà pratiqué le magnétisme animal hérité de Mesmer, mais il juge que le magnétisme ne suffit pas à expliquer ce qu’il voit. Fidèle à sa formation, il se lance dans une véritable enquête : il pose plus d’un millier de questions à des médiums et compare les réponses. Il en conclut que certaines communications viennent de personnalités ayant survécu à la mort.

Le 18 avril 1857, il publie Le Livre des Esprits sous un nouveau nom : Allan Kardec, un pseudonyme qui lui aurait été suggéré, selon le récit retenu, par un esprit se faisant appeler « la Vérité ». La première édition contient 502 questions et réponses, les suivantes 1 019. Suivent Le Livre des médiums (1861), L’Évangile selon le spiritisme (1864), Le Ciel et l’Enfer (1865) et La Genèse (1868). Il publie aussi la Revue spirite jusqu’à sa mort, survenue à Paris le 31 mars 1869, à la suite d’un anévrisme.

Son influence sur l’ésotérisme

Avant Kardec, les tables tournantes sont surtout un divertissement de salon. Après lui, c’est une doctrine, avec ses livres de référence, ce qu’on appelle la « codification spirite ». Ses travaux ont influencé des figures comme le physiologiste Charles Richet, l’astronome Camille Flammarion ou Gabriel Delanne.

Mais c’est au Brésil que son héritage est le plus impressionnant : le spiritisme y est devenu un mouvement religieux majeur, qui compterait selon certaines estimations une vingtaine de millions de sympathisants. Et en France, sa tombe du Père-Lachaise, un dolmen de granit surmonté d’un buste de bronze, reste l’une des plus fleuries du cimetière.

Côté occultisme, le spiritisme a eu un rôle paradoxal : il a popularisé l’idée de communiquer avec l’invisible, tout en suscitant la méfiance d’une partie des occultistes. Joséphin Péladan, le compagnon de route de Stanislas de Guaita, refusait par exemple d’être associé au spiritisme.

Un concept à retenir : la réincarnation

Le spiritisme de Kardec ne se limite pas à parler aux morts. Il défend une idée qui, dans la France catholique du XIXe siècle, a quelque chose de très audacieux : la réincarnation. Selon cette doctrine, l’âme peut renaître après la mort, et revivre plusieurs existences.

L’originalité de Kardec, c’est d’avoir intégré cette idée dans un cadre qu’il voulait rationnel et moral, présenté sous forme de questions-réponses, comme un manuel. Avec le succès de ses livres, il a contribué à faire de la réincarnation une idée discutée et répandue en Occident.

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Sources