Signer ses livres « le Philosophe inconnu », c’est un peu comme écrire « anonyme » en lettres d’or sur la couverture. C’est pourtant ce qu’a fait Louis-Claude de Saint-Martin, et ça a parfaitement marché : plus de deux siècles après sa mort, une tradition entière porte son nom, le martinisme.

Portrait de profil de Louis-Claude de Saint-Martin réalisé au physionotrace
Louis-Claude de Saint-Martin, portrait au physionotrace. Domaine public, via Wikimedia Commons.

Biographie : de l’armée à la mystique

Louis-Claude de Saint-Martin naît le 18 janvier 1743 à Amboise, dans une famille de petite noblesse. Pour faire plaisir à son père, il tente d’abord le droit, puis l’armée. Il est affecté à la garnison de Bordeaux, et c’est là que sa vie bascule : il y rencontre Martinès de Pasqually. Il est reçu dans l’ordre des Élus Coëns, en 1765 selon l’historien Antoine Faivre, vers 1768 selon d’autres sources, et devient de 1768 à 1771 le secrétaire de Pasqually.

En 1771, il quitte l’armée pour se consacrer entièrement à la vie spirituelle. Il s’installe à Lyon chez Jean-Baptiste Willermoz, et c’est là qu’il écrit son premier livre, Des erreurs et de la vérité, publié en 1775. Le livre sera mis à l’Index par l’Église. Suivent notamment :

  • Tableau naturel des rapports qui unissent Dieu, l’homme et l’univers (1782) ;
  • L’Homme de désir (1790) ;
  • Le Nouvel Homme et Ecce homo (1792) ;
  • Le Ministère de l’homme-esprit ;
  • des Œuvres posthumes, publiées en 1807.

En 1788, à Strasbourg, une rencontre change encore sa route : Charlotte de Boecklin lui fait découvrir les écrits du mystique allemand Jacob Boehme. Saint-Martin s’y plonge et devient le premier à traduire Boehme en français. Ce travail occupera une grande partie de ses dernières années. Il meurt dans la nuit du 13 au 14 octobre 1803, à Aulnay, l’actuel Châtenay-Malabry.

Son influence sur l’ésotérisme

Saint-Martin a été lu bien au-delà des cercles initiatiques. Joseph de Maistre le qualifiait de « plus instruit, plus sage et plus élégant des théosophes ». Balzac s’inspire de sa pensée dans Séraphîta, et les romantiques allemands, en particulier le philosophe Franz von Baader, en sont profondément marqués.

De son vivant déjà, ses admirateurs se réunissent en groupes d’« amis de Saint-Martin ». On finira par les appeler les martinistes. À la fin du XIXe siècle, Papus fonde l’Ordre martiniste, qui se réclame à la fois de Pasqually et de Saint-Martin. C’est l’une des sociétés initiatiques les plus importantes de l’ésotérisme français.

Un concept à retenir : la voie intérieure

Pour comprendre Saint-Martin, il faut le comparer à son maître. Pasqually enseignait la théurgie : des opérations rituelles complexes, destinées à faire apparaître des esprits angéliques. Saint-Martin y a été formé, il a pratiqué… puis il s’en est éloigné.

Avec le temps, il délaisse ces pratiques magiques actives et se méfie même de la franc-maçonnerie. Il leur préfère une voie intérieure : plutôt que d’invoquer des esprits, il s’agit de transformer l’homme de l’intérieur. Le titre de son livre L’Homme de désir résume bien cet état d’esprit. Ses derniers écrits mêlent l’enseignement de Pasqually et celui de Boehme.

Ce passage du rituel extérieur au travail intérieur est un tournant majeur. Et c’est ce double héritage, la théurgie de Pasqually d’un côté, la voie intérieure de Saint-Martin de l’autre, que le martinisme portera ensuite.

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Sources

  • Antoine Faivre, « Saint-Martin Louis Claude de (1743-1803) », Encyclopædia Universalis, universalis.fr.
  • « Louis Claude de Saint-Martin », Wikipedia, en.wikipedia.org.
  • « Louis-Claude de Saint-Martin », Encyclopædia Britannica, britannica.com.