Si tu as déjà vu des images anciennes du tarot de Marseille, tu as sûrement croisé le tarot de Jean Dodal sans le savoir : ses cartes, gravées à Lyon au tout début du XVIIIe siècle, sont souvent reproduites pour illustrer le sujet, y compris sur ce site. Mais ce jeu cache un petit détail qui change tout : il n’a pas été fabriqué pour les Français.

Pour le contexte général, commence par l’histoire du tarot.

Un cartier lyonnais du début du XVIIIe siècle

De Jean Dodal lui-même, on sait peu de choses : c’est un cartier, un fabricant de cartes à jouer, actif à Lyon au début du XVIIIe siècle. Il a signé son jeu à deux endroits. Le Deux de Deniers porte la mention « FAICT A LYON PAR IEAN DODAL » (à l’époque, le J s’écrit souvent I), et le Deux de Coupes la mention « IEAN DODAL ».

Le seul exemplaire décrit dans le catalogue de la Bibliothèque nationale de France est daté entre 1701 et 1715. C’est un jeu complet de 78 cartes, gravé sur bois et colorié au pochoir, de 12,2 × 6,6 cm, au dos décoré de chevrons noirs. Il provient de la collection du maître cartier Paul Marteau, donnée à la BnF en 1966. Tu peux le feuilleter en ligne sur Gallica.

« F. P. Le Trange » : fait pour l’étranger

Le détail qui intrigue, c’est une inscription répétée sur les quatre Cavaliers, le Valet de Bâtons, la Force et le Monde : « F. P. Le Trange », parfois « Le Trenge ». L’orthographe est approximative, mais le sens fait consensus : « Fait pour l’étranger ». Sur le Deux de Coupes, on lit aussi « F. P. E. », probablement la même formule en abrégé.

Autrement dit, ce jeu était destiné à l’exportation. Vers où ? L’historien Thierry Depaulis pense surtout à l’Italie : à la fin du XVIIe siècle, les cartiers du Piémont et de la Lombardie avaient en partie cessé de produire des tarots de 78 cartes, ou ne suffisaient plus à la demande. Les Lyonnais avaient une carte à jouer, si j’ose dire. C’est une hypothèse vraisemblable, pas une certitude : aucun document ne dit où ces jeux ont été vendus.

Les petits détails du tarot de Jean Dodal

  • Un Diable avec un visage sur le ventre. Un motif ancien et traditionnel, que Depaulis relève comme typique.
  • Le Mat devient « Le Fol ». Le Fou porte déjà ce nom chez Dodal.
  • Des initiales mystérieuses. On lit « I.P. » dans le décor de la Lune, et « P.L.N » sur le Deux de Coupes. La BnF suggère que ce pourraient être les initiales du graveur, sans certitude.
  • Le XIII sans nom. Comme dans la plupart des tarots de Marseille, l’arcane de la Mort ne porte pas de titre, contrairement au tarot de Jean Noblet.
Atout XIII sans nom, la Mort, tarot de Marseille de Jean Dodal, début du XVIIIe siècle
L’arcane XIII, sans nom, tarot de Jean Dodal. Domaine public, via Wikimedia Commons.

Un modèle pour les tarots italiens

Pour Depaulis, ces traits font du Dodal un archétype des tarots qui seront fabriqués en Italie quelques décennies plus tard. Ironie de l’histoire : le tarot était né en Italie au XVe siècle, il revient en Italie au XVIIIe… sous la forme d’un tarot de Marseille fabriqué à Lyon.

Aujourd’hui, le Dodal fait partie des tarots anciens régulièrement réédités, comme ceux de Jean Noblet et de Nicolas Conver. Comme toujours avec ces restaurations, garde en tête qu’une édition moderne est une interprétation, pas une copie exacte de l’original de la BnF.

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Sources

  • BnF, notice « [Jeu de tarot de Marseille destiné à l’exportation] », catalogue.bnf.fr.
  • Thierry Depaulis, Tarot, jeu et magie, catalogue d’exposition, Paris, Bibliothèque nationale, 1984, n° 39 (texte reproduit sur letarot.com).
  • Jean-Claude Flornoy, « The Tarot of Jean Dodal », tarot-history.com.

À propos de l'auteur

Tony

Créateur et animateur de la chaine youtube mysteria, je navigue entre ésotérisme, occultisme, archéologie alternative, spiritualité etc. J'essaie de traiter tous ces sujets passionnants avec une juste dose d'esprit critique, pour explorer les mondes immatériels tout en gardant les pieds sur terre.

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