Si tu t’intéresses à la franc-maçonnerie, le nom d’Oswald Wirth te dit forcément quelque chose. Mais avant d’être l’auteur des célèbres manuels de l’Apprenti, du Compagnon et du Maître, Wirth a dessiné un tarot. Et pas n’importe lequel : l’un des tout premiers tarots pensés non pas pour jouer ni pour prédire l’avenir, mais comme un outil de connaissance symbolique.

Pour le contexte général, commence par l’histoire du tarot.

Qui était Oswald Wirth ?

Joseph Paul Oswald Wirth est né le 5 août 1860 à Brienz, dans le canton de Berne, et il est mort le 9 mars 1943. Suisse, illustrateur, écrivain, il commence par pratiquer le « magnétisme curatif », une forme de guérison par hypnose très à la mode à l’époque.

Côté maçonnerie, son parcours est impressionnant. Il est initié le 28 janvier 1884 à la loge La Bienfaisance châlonnaise, du Grand Orient de France. En 1889, il rejoint la loge Travail et Vrais Amis Fidèles, qu’il finit par diriger, et qui rejoint la Grande Loge de France en 1898. En 1912, il fonde la revue Le Symbolisme, qui lui survivra jusqu’en 1971. Et sa série La Franc-Maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes (le Livre de l’Apprenti, du Compagnon et du Maître) est encore lue aujourd’hui.

La rencontre avec Stanislas de Guaita

En 1887, Wirth rencontre Stanislas de Guaita, poète et figure majeure de l’occultisme parisien de la fin du XIXe siècle. Il devient son secrétaire, son disciple et son compagnon d’étude pendant une dizaine d’années. Et c’est Guaita qui l’initie au tarot en tant que système magique, dans la lignée d’Éliphas Lévi.

1889 : les 22 Arcanes du Tarot kabbalistique

Dès 1889, sous la direction de Guaita, Wirth dessine Les 22 Arcanes du Tarot kabbalistique. Premier point important : il ne s’agit que des 22 arcanes majeurs. Pas de petites cartes, pas de jeu possible. Ce tarot n’est pas fait pour jouer à la belote du dimanche, c’est un support de méditation et d’étude. Les cartes circulent en tirages limités et coloriés à la main.

La même année, le jeu est reproduit dans un livre qui va marquer l’occultisme : Le Tarot des Bohémiens de Papus (Gérard Encausse), qui le range parmi les huit tarots modernes les plus importants. Pas mal pour un premier essai.

Un tarot de Marseille… revu par la kabbale

Le tarot de Wirth suit de près le tarot de Marseille, mais il en modifie plusieurs dessins et y ajoute toute une symbolique occulte. Les nouveautés majeures :

  • Une lettre hébraïque sur chaque arcane. C’est l’application directe de l’idée, lancée par le comte de Mellet en 1781 et systématisée par Éliphas Lévi, que les 22 atouts correspondent aux 22 lettres de l’alphabet hébreu.
  • Des symboles empruntés à la kabbale, à l’alchimie et à l’hermétisme, dans la droite ligne de Lévi.
  • Des couleurs choisies délibérément pour leur valeur symbolique, et non plus selon les contraintes d’un cartier qui imprime au pochoir.

C’est exactement là que se joue la grande bascule du XIXe siècle : le tarot quitte définitivement les tavernes et les salons de voyance pour entrer dans les cercles initiatiques.

Arcane XVII, les Étoiles, du tarot d'Oswald Wirth de 1889, exemplaire de la BnF
Arcane XVII, tarot d’Oswald Wirth (1889), exemplaire de la BnF. Domaine public, via Wikimedia Commons.

1926-1927 : la version définitive

Wirth n’en a pas fini avec son tarot. En 1926, il en dessine une deuxième version, révisée. Et en 1927, il publie son grand livre sur le sujet : Le Tarot des imagiers du Moyen Âge, qui explore la symbolique et la valeur initiatique de chaque arcane. Il sera traduit en anglais sous le titre The Tarot of the Magicians.

Les tarots « Wirth » vendus aujourd’hui en 78 cartes, souvent sur fond doré, sont des éditions modernes : on y a ajouté des arcanes mineurs que Wirth, lui, n’avait jamais dessinés.

Wirth, maillon entre Lévi et la Golden Dawn

Le tarot de Wirth est un chaînon essentiel. Il hérite d’Éliphas Lévi et de la tradition française, et il précède de vingt ans le Rider-Waite-Smith britannique et de cinquante ans le tarot Thoth de Crowley. Tous partagent la même idée : le tarot serait un livre de symboles à déchiffrer. Une idée qui, rappelons-le, n’a aucune base historique dans les tarots italiens du XVe siècle, mais qui a produit des œuvres symboliques passionnantes.

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Sources

  • « Oswald Wirth », Wikipedia, en.wikipedia.org.
  • « Oswald Wirth Tarot », Wikipedia, en.wikipedia.org.
  • Papus (Gérard Encausse), Le Tarot des Bohémiens, Paris, 1889.
  • Oswald Wirth, Le Tarot des imagiers du Moyen Âge, Paris, 1927.