Quand on dit de quelqu’un qu’il est « mesmérisé », on rend hommage, sans le savoir, à un médecin allemand du XVIIIe siècle : Franz Anton Mesmer. Génie incompris pour les uns, charlatan pour les autres, il a en tout cas lancé une idée qui a irrigué tout l’ésotérisme du XIXe siècle.

Portrait de Franz Anton Mesmer, médecin et théoricien du magnétisme animal
Franz Anton Mesmer. Domaine public, via Wikimedia Commons.

Biographie : de Vienne à Paris

Franz Anton Mesmer naît le 23 mai 1734 à Iznang, au bord du lac de Constance. Il commence ses études de médecine à Vienne en 1759 et soutient en 1766 une thèse au titre qui annonce la couleur : De planetarum influxu in corpus humanum, sur l’influence des planètes et de la Lune sur le corps humain. Petit détail moins glorieux : selon les recherches de l’historien Frank A. Pattie, il en aurait emprunté l’essentiel à un ouvrage du médecin anglais Richard Mead, ce qui n’avait rien de choquant à l’époque.

En 1768, il épouse une riche veuve, Anna Maria von Posch, ouvre un cabinet à Vienne et fréquente le monde des arts, dont le jeune Mozart. Mais en 1777, une affaire tourne mal : il ne parvient qu’en partie à soigner la cécité d’une jeune musicienne de 18 ans, Maria Theresia Paradis. Le scandale le pousse à quitter Vienne.

En février 1778, il s’installe à Paris, et c’est là que tout explose. En 1779, il publie son Mémoire sur la découverte du magnétisme animal, accompagné de 27 propositions qui résument sa théorie. Les patients affluent, au point qu’il invente un traitement collectif : le fameux baquet.

Gravure montrant une séance collective autour du baquet de Mesmer
« Le baquet de Mesmer ». Wellcome Collection, via Wikimedia Commons.

Le succès est tel que le roi Louis XVI s’en mêle. En 1784, il nomme des commissions d’enquête où siègent rien de moins que Lavoisier, Guillotin, Bailly et Benjamin Franklin. Elles observent les séances de Charles d’Eslon, un disciple de Mesmer, et procèdent à des essais à l’aveugle. Verdict : aucune preuve d’un fluide physique, les effets s’expliquent par l’imagination. Le traitement ne « marche » que quand les sujets savent qu’ils le reçoivent, ce qu’on considère aujourd’hui comme une des premières observations de l’effet placebo. Seul le botaniste Antoine Laurent de Jussieu rédige un avis divergent.

Discrédité, Mesmer quitte Paris peu après. Il exerce quelques années à Frauenfeld, en Suisse, et meurt à Meersburg, en Allemagne, le 5 mars 1815.

Son influence sur l’ésotérisme

Le verdict de 1784 n’a pas tué le magnétisme, loin de là. Les disciples de Mesmer, comme le marquis de Puységur, continuent de pratiquer et de transmettre. Et l’idée d’un fluide invisible qui relie les êtres et circule dans le corps devient un pilier de l’occultisme du XIXe siècle.

On la retrouve jusque dans les débuts du spiritisme : Allan Kardec lui-même a pratiqué le magnétisme avant de s’intéresser aux tables tournantes, puis il a jugé que le magnétisme ne suffisait pas à expliquer ce qu’il observait. Et côté science, l’héritage de Mesmer a pris une autre forme : en 1843, le chirurgien écossais James Braid propose le mot « hypnotisme » pour désigner une technique issue du magnétisme animal.

Un concept à retenir : le fluide universel et la crise

Pour Mesmer, il existe un échange naturel d’énergie entre tous les êtres et les objets, animés ou non. C’est ce qu’il appelle le magnétisme animal. Dans le corps, la santé correspond à la libre circulation de ce flux vital à travers des milliers de canaux. La maladie, c’est un obstacle à cette circulation.

Le rôle du magnétiseur, c’est donc de lever ces obstacles. Et quand il y parvient, le patient traverse une crise, censée rétablir la santé. D’où les séances spectaculaires autour du baquet, une grande cuve couverte, hérissée de tiges de fer et de cordes qui reliaient les patients entre eux, pendant que Mesmer « dirigeait » le fluide à distance.

Scientifiquement, la théorie n’a pas résisté. Mais symboliquement, cette image d’une énergie invisible qui unit l’homme et l’univers a nourri des générations d’ésotéristes.

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Sources