Vous l’avez forcément déjà vu : dix cercles reliés par des traits, disposés en trois colonnes. On le trouve dans les livres d’ésotérisme, sur des tatouages et même sur des tote bags. C’est l’arbre des séfirot, parfois appelé « arbre de vie ». Mais que représente-t-il vraiment ? Et depuis quand le dessine-t-on ?

Les sefirot, qu’est-ce que c’est ?

Le mot sefirot (au singulier sefirah) apparaît d’abord dans le Sefer Yetsirah, où il désigne dix nombres primordiaux. À partir du XIIe siècle, avec le Bahir puis les kabbalistes de Provence et de Catalogne, le sens change : les sefirot deviennent les dix puissances par lesquelles le Dieu caché se manifeste.

Car pour la Kabbale, Dieu en lui-même est l’Ein Sof, « l’Infini » : on ne peut rien en dire. Les sefirot sont la façon dont cet Infini se rend présent, un peu comme une lumière blanche qui se décompose en couleurs à travers un prisme. L’image du prisme est la nôtre, mais elle aide à saisir l’idée.

Les dix sefirot

Voici les dix sefirot dans l’ordre traditionnel, du haut vers le bas, avec leur traduction la plus courante. Les traductions varient selon les auteurs :

  1. Keter : la Couronne ;
  2. Hokhmah : la Sagesse ;
  3. Binah : l’Intelligence, ou le Discernement ;
  4. Hesed : la Grâce, l’Amour ;
  5. Gevurah (ou Din) : la Rigueur, le Jugement ;
  6. Tiferet : la Beauté ;
  7. Netsah : la Victoire, ou l’Éternité ;
  8. Hod : la Gloire, la Splendeur ;
  9. Yesod : le Fondement ;
  10. Malkhut : la Royauté, identifiée à la Shekhinah, la présence divine dans le monde.

Dans la Kabbale lurianique, on rencontre aussi Da’at, la Connaissance, qui prend parfois la place de Keter dans le décompte. C’est pour cela que vous verrez parfois des arbres avec un onzième cercle en pointillés.

Trois colonnes et vingt-deux chemins

Les sefirot sont réparties en trois colonnes. À droite, la colonne de la miséricorde (Hokhmah, Hesed, Netsah). À gauche, celle de la rigueur (Binah, Gevurah, Hod). Au centre, la colonne de l’équilibre (Keter, Tiferet, Yesod, Malkhut). L’idée est qu’un monde fait seulement d’amour ou seulement de jugement ne tiendrait pas : il faut l’équilibre des deux.

Les traits qui relient les cercles sont les « chemins ». Dans la plupart des arbres, il y en a vingt-deux, un par lettre de l’alphabet hébreu. On retrouve donc les 10 + 22 = 32 voies du Sefer Yetsirah. Attention : le nombre et le tracé des chemins varient d’un auteur à l’autre. Il n’y a pas un arbre unique, mais de nombreuses versions.

Gravure de titre des Portae Lucis de 1516 : un savant juif assis tient un bâton qui soutient un diagramme de dix cercles reliés, l'arbre des séfirot
Page de titre des Portae Lucis, traduction latine par Paul Ricius des Portes de lumière de Joseph Gikatilla, Augsbourg, Johann Miller, 1516 : la première représentation imprimée de l’arbre des séfirot (domaine public).

Le premier arbre imprimé

L’image ci-dessus est un petit trésor. En 1516, à Augsbourg, l’imprimeur Johann Miller publie les Portae Lucis, la traduction latine par Paul Ricius d’un traité du kabbaliste castillan Joseph Gikatilla, les Portes de lumière (Sha’arei Orah). Sa page de titre montre un savant juif tenant un diagramme des dix sefirot. C’est la première représentation imprimée de l’arbre. Elle a donc été publiée par un converti au christianisme, pour un public chrétien. Nous y revenons dans l’article sur la kabbale chrétienne.

Au XVIIe siècle, le jésuite Athanasius Kircher publie dans son Œdipus Ægyptiacus (1652-1654) un arbre très ordonné, repris d’un modèle de Philippe d’Aquin (1625). C’est cette disposition, avec les lettres sur les chemins, qui inspirera largement les occultistes.

De l’arbre juif à l’arbre occultiste

Dans la Kabbale juive, l’arbre décrit la vie intérieure de Dieu, et l’homme y participe par la prière et les commandements. Chez les occultistes de la fin du XIXe siècle, en particulier dans la Golden Dawn, l’arbre devient une carte de l’univers et de la conscience. On y place les planètes, les éléments, les couleurs, les arcanes du tarot. C’est ce que nous détaillons dans les articles sur la kabbale des occultistes et sur les lettres hébraïques et le tarot.

Gravure de Robert Fludd : arbre lumineux portant le Tétragramme sur son tronc et dix cercles contenant les noms divins et les séfirot
L’arbre des séfirot selon le médecin et philosophe anglais Robert Fludd, XVIIe siècle (domaine public).

Retenez simplement ceci : quand vous voyez un arbre des séfirot avec Mars, Vénus ou l’arcane de l’Impératrice dessus, vous regardez un arbre occultiste moderne, pas un arbre kabbalistique médiéval.

Sources

À propos de l'auteur

Tony

Créateur et animateur de la chaine youtube mysteria, je navigue entre ésotérisme, occultisme, archéologie alternative, spiritualité etc. J'essaie de traiter tous ces sujets passionnants avec une juste dose d'esprit critique, pour explorer les mondes immatériels tout en gardant les pieds sur terre.

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