Son nom est moins connu que celui d’Éliphas Lévi ou de Papus. Pourtant, sans lui, l’occultisme français du XIXe siècle n’aurait pas tout à fait le même visage. Antoine Fabre d’Olivet a eu une idée aussi audacieuse que discutable : retrouver, derrière les mots hébreux de la Genèse, un enseignement caché.

Portrait d'Antoine Fabre d'Olivet, auteur de La Langue hébraïque restituée
Antoine Fabre d’Olivet. Domaine public, via Wikimedia Commons.

Biographie : un touche-à-tout du Languedoc

Antoine Fabre naît le 8 décembre 1767 à Ganges, dans l’Hérault (certaines sources, comme l’Encyclopædia Universalis, retiennent 1768). Vers 11 ou 12 ans, il est envoyé à Paris où il apprend le latin, le grec et l’anglais. En 1786, il voyage comme représentant pour l’affaire de soieries de son père, apprend l’allemand… et ne brille pas vraiment dans le commerce.

De retour à Paris en 1789, il se lance dans la politique révolutionnaire et traverse la Terreur sans encombre. Il écrit pour le théâtre, notamment le livret de Toulon soumis pour l’Opéra de Paris (1794), de la poésie, des romans, du journalisme. C’est vers cette époque qu’il prend le nom de Fabre d’Olivet. En 1799, il entre au ministère de la Guerre, où il avoue lui-même passer beaucoup de temps sur ses projets littéraires personnels.

Un deuil le marque profondément : la mort, en 1802, de Julie Marcel, à qui il attribuera plus tard l’inspiration de ses idées sur l’immortalité de l’âme et la Providence. Ses œuvres principales s’enchaînent ensuite :

  • Le Troubadour, poésies occitaniques (1803) ;
  • Notions sur le sens de l’ouïe (1811) ;
  • Les Vers dorés de Pythagore (1813), traduction et commentaire ;
  • La Langue hébraïque restituée (1815) ;
  • De l’état social de l’homme (1822) ;
  • Caïn (1823), traduction commentée de la pièce de Byron ;
  • Histoire philosophique du genre humain (1824).

Une anecdote étonnante entoure le livre de 1811 : Fabre d’Olivet affirmait avoir guéri la surdité d’un jeune homme, Rodolphe Grivel. On raconte que Napoléon lui aurait alors interdit de soigner à nouveau des sourds, mais cette partie de l’histoire n’est pas vérifiée. Il meurt à Paris le 25 mars 1825.

Son influence sur l’ésotérisme

Fabre d’Olivet est un passeur. Sa manière d’interpréter la Bible et la philosophie antique a directement influencé Éliphas Lévi, Papus et Édouard Schuré, l’auteur des Grands Initiés. Autrement dit, une bonne partie des grands noms de l’occultisme français.

Il a aussi contribué au renouveau du néopythagorisme grâce à ses Vers dorés de Pythagore, pour lesquels il a même inventé une forme de vers, le vers « eumolpique ». Et son goût pour la lecture symbolique des lettres hébraïques prépare le terrain aux occultistes qui associeront les 22 arcanes du tarot aux 22 lettres de l’alphabet hébreu, comme Oswald Wirth sur son tarot kabbalistique.

Un concept à retenir : La Langue hébraïque restituée

C’est son grand œuvre. Dans La Langue hébraïque restituée (1815), Fabre d’Olivet part d’une idée simple et vertigineuse : l’hébreu de la Genèse ne doit pas être lu comme une langue ordinaire. Il pense y voir des liens entre l’alphabet hébreu et les hiéroglyphes égyptiens, et il propose de remonter aux racines des mots pour retrouver leur « véritable sens ». La Genèse devient alors un texte cosmogonique codé, que la traduction habituelle aurait trahi.

Alors, il avait raison ? Pas vraiment. Le déchiffrement des hiéroglyphes, après la découverte de la pierre de Rosette, a montré qu’une grande partie de son travail reposait sur des bases erronées. Mais ce n’est pas ce qui compte pour l’histoire de l’ésotérisme. Ce qui compte, c’est la méthode : l’idée qu’un texte sacré cache, sous sa lettre, un sens initiatique qu’on peut retrouver en décomposant ses mots. Cette approche a marqué durablement l’occultisme.

✒️ D’autres grandes figures de l’ésotérisme

Sources