Au XVIIIe siècle, l’Europe adore les aventuriers mystérieux. Il y a le comte de Saint-Germain… et il y a Cagliostro. Mage pour ses admirateurs, escroc pour ses ennemis, il a en tout cas laissé une trace durable dans l’histoire de la franc-maçonnerie.

Biographie : de Palerme à la Bastille
Le « comte Alessandro di Cagliostro » serait né Giuseppe Balsamo, à Palerme, en juin 1743 (le 2 ou le 8 selon les sources). Il revendiquait une ascendance prestigieuse, mais ses origines réelles restent discutées. En 1768, il épouse Lorenza Feliciani, qui n’a qu’environ 14 ans et qu’il appellera « Serafina ».
Commence alors une vie d’errance à travers l’Europe : Malte, Naples, Rome, l’Espagne, Lisbonne, Londres, Saint-Pétersbourg, la Courlande, Varsovie, Vienne, Strasbourg, Paris… Il est expulsé de nombreuses villes. En 1777, à Londres, il entre en franc-maçonnerie et se met à promouvoir une maçonnerie « égyptienne » de son invention. En 1784, il installe des loges égyptiennes à Naples, Bordeaux et Lyon.
À Strasbourg, il soigne les pauvres avec un remède mystérieux, l’« extrait de Saturne », distribue de l’argent et gagne la confiance d’un homme puissant : le cardinal de Rohan, qui le finance. Mauvaise pioche. Le cardinal est le personnage central de l’affaire du Collier de la reine, une escroquerie retentissante autour d’un collier de diamants. En 1785, Cagliostro et Rohan sont arrêtés et passent neuf mois à la Bastille. Cagliostro est acquitté le 31 mai 1786… mais banni de France.
La fin est sombre. Le 29 décembre 1789, il est arrêté à Rome pour avoir tenté d’y fonder une loge maçonnique, et enfermé au château Saint-Ange. En avril 1791, l’Inquisition condamne la maçonnerie égyptienne et le condamne à la prison à vie. Sa femme témoigne contre lui ; elle mourra dans un couvent en 1794. Cagliostro meurt dans sa cellule de la forteresse de San Leo le 26 août 1795, à 52 ans.
Son influence sur l’ésotérisme
Soyons honnêtes : Cagliostro a une réputation désastreuse chez les historiens. L’écrivain Thomas Carlyle l’a surnommé « le charlatan des charlatans », et même dans le milieu maçonnique, tout le monde ne s’est pas laissé séduire. Jean-Baptiste Willermoz, qui l’a rencontré plusieurs fois en 1784-1785, a jugé son christianisme peu orthodoxe et a mis en garde les maçons contre lui.
Mais son influence est réelle. Il a contribué à installer dans l’imaginaire maçonnique et ésotérique l’idée d’une sagesse égyptienne secrète, à la même époque où Court de Gébelin voyait dans le tarot le Livre de Thot. Et sa légende a largement dépassé sa vie réelle : le personnage romanesque a fini par éclipser l’homme.
Un concept à retenir : la maçonnerie égyptienne
L’idée de Cagliostro, c’est de rattacher la franc-maçonnerie à une prétendue tradition initiatique venue de l’Égypte ancienne. Ses loges égyptiennes, fondées en 1784 à Naples, Bordeaux et Lyon, devaient transmettre cette sagesse supposée.
Et il fait quelque chose de révolutionnaire pour l’époque : il ouvre son rite aux femmes. Sa propre épouse, Serafina, est reçue comme « maçonne ». Selon l’historien Castelo Branco, c’est à lui qu’on doit l’acceptation des femmes dans ce rite.
Évidemment, aucune source historique ne relie ces rituels à l’Égypte des pharaons, dont les hiéroglyphes n’étaient même pas encore déchiffrés. Mais l’idée a fait son chemin : l’Égypte deviendra un décor incontournable de l’occultisme, jusqu’aux costumes de la Golden Dawn de MacGregor Mathers.
✒️ D’autres grandes figures de l’ésotérisme
- Emanuel Swedenborg : le savant qui parlait aux anges (1688-1772)
- Martinès de Pasqually : le mystérieux fondateur des Élus Coëns (vers 1727-1774)
- Louis-Claude de Saint-Martin : le Philosophe inconnu (1743-1803)
- Jean-Baptiste Willermoz : l’architecte du Rite écossais rectifié (1730-1824)
- Franz Anton Mesmer : le père du magnétisme animal (1734-1815)
- Antoine Fabre d’Olivet : le décodeur ésotérique de l’hébreu (1767-1825)
- Allan Kardec : le fondateur du spiritisme (1804-1869)
- Stanislas de Guaita : le poète de la Rose-Croix kabbalistique (1861-1897)
- Samuel Liddell MacGregor Mathers : le cofondateur de la Golden Dawn (1854-1918)
- Le comte de Saint-Germain : alchimiste, immortel ou imposteur ?
Sources
- « Alessandro Cagliostro », Wikipedia, en.wikipedia.org.
- « Cagliostro, Alessandro », Dictionnaire historique de la Suisse, hls-dhs-dss.ch.
- « Jean-Baptiste Willermoz », Wikipedia, en.wikipedia.org.
- « Cagliostro and Ancient Egyptian Freemasonry », Masonic Museum, masonicmuseum.eu.



