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Divers / Ésotérisme

Le rêve dans l’histoire et l’ésotérisme

Temps de lecture : 12 minutes

Le rêve de l’antiquité à nos jours

L’article ainsi que la vidéo que vous trouverez en bas de page sont issus du travail de Vincent Carlier, vous pouvez le retrouver sur sa chaine youtube Anthropode.

On peut noter quelques passages qui parlent de rêve dans l’Ancien Testament, notamment dans la Genèse. 

Au chapitre 15, Abraham, après avoir eu une vision de Dieu, s’endort. Pendant son sommeil, Dieu lui apparait de nouveau, cette fois dans un rêve prophétique, où il lui annonce le destin de sa descendance, les 400 ans d’esclavage et sa libération. 

Au chapitre 41, c’est en interprétant les rêves de pharaon que Joseph devient intendant du royaume et sauve l’Egypte de la famine, en annonçant sept années d’abondance qui précéderont sept années de stérilité.

À l’époque des prophètes, juste après les 5 livres qui constituent la Torah, le rêve va devenir suspect. Un passage du livre de Jérémie témoigne de cette méfiance vis-à-vis des rêves : “Car ainsi parle Yahweh : Ne vous laissez pas séduire par vos prophètes qui sont au milieu de vous, ni par vos devins, et n’écoutez pas les songes que vous vous donnez. C’est faussement qu’ils vous prophétisent en mon nom ; je ne les ai pas envoyés, dit Yahweh”.

Toujours dans la tradition juive, mais dans un livre plus tardif qui s’appelle “Les nombres”, on peut lire l’inverse : “L’Eternel descendit dans la colonne de nuée, […] et il dit: Ecoutez bien mes paroles ! Lorsqu’il y aura parmi vous un prophète, c’est dans une vision que moi, l’Eternel, je me révélerai à lui, c’est dans un songe que je lui parlerai”.

Pour les Grecs de l’Antiquité, le monde du rêve est à l’ouest, juste avant le monde des morts. Le dieu du sommeil, Hypnos, a pour frère le dieu de la mort, Thanatos. Tous deux sont les enfants de Nyx, la nuit. On connaît tous cet endroit, car c’est ici que l’âme se rend chaque nuit lorsqu’elle est emportée par les étranges hallucinations dont on se souvient au réveil. 

Le pays des songes est à la fois dans le monde visible et dans l’au-delà. On y rencontre d’autres rêveurs ainsi que les morts qui n’ont pas encore eu l’enterrement en bonne et due forme, qui leur permettra de rejoindre leur dernier repos.  

Il y a aussi de nombreux dieux et esprits qui se présentent aux hommes endormis sous la forme de personnes qu’ils connaissent. Ils viennent pour les prévenir de périls, parfois pour les soigner ou leur annoncer leur sombre destinée.

Dans les temples grecs, on pratiquait l’incubation. Les pélerins dormaient dans l’enceinte de sanctuaires dédiés, pour inviter la divinité dans leurs rêves.

Dans le sanctuaire d’Asclépios à Eleusis, les pélerins venaient se purifier et pratiquaient le jeûne, avant d’entrer dans un espace du temple, le portique d’incubation. Ils devaient dormir aux pieds de la statue du dieu médecin Asclépios, parmi les serpents qui grouillaient dans la pièce. Sur des stèles de pierre sont archivés les récits des rêves qui ont permis des guérisons miraculeuses opérées dans le monde des songes par Asclépios.

Cette position entre mises en garde contre le rêve et moyen de communication surnaturel va perdurer encore quelques siècles.

Au Moyen Âge, il y avait des textes qui circulaient d’Orient en Occident et qui permettaient d’interpréter les rêves. Par exemple le livre de Daniel, c’est à la fois un outil d’interprétation dans la chrétienté, mais aussi un outil de conversion. Il permettait d’imposer une science chrétienne des rêves à la place des pratiques des peuples païens qui donnaient une importance significative au rêve. Par contre, la plupart des symboles ou des situations qui se produisent dans les rêves, sont interprétés comme de mauvais présages, surtout s’ils sont en rapport avec la nudité ou la sexualité.

Cette situation un petit peu ambivalente va perdurer jusque vers le 16ème et le 17ème siècle. À ce moment-là, l’inquisition va inclure les interprètes de rêves parmi les sorciers.

Après les persécutions, le rationalisme du 18ème siècle en fera une question sans importance, car le rêve est justement trop complexe à rationaliser.

La psychanalyse et la science en général ont eu un intérêt tardif pour ces questions et on peut dire qu’aujourd’hui, le rêve n’a plus d’importance dans notre société, si ce n’est dans l’ésotérisme.

Le rêve dans les traditions ésotériques

Les traditions ésotériques occidentales ont conservé un grand intérêt pour le rêve, en partie issues de l’héritage de la Grèce antique sur les songes. 

A la fin du 19ème siècle, Edouard Schuré, dans son ouvrage « Les Grands Initiés », parle de la place importante du rêve dans le culte pythagoricien.

Ici, le rêve permet d’accéder à une perception plus fine et plus vraie de la réalité. Rêver c’est entrer en connexion avec un autre monde, pénétrer dans un autre espace que nous ouvre le sommeil. L’âme est alors détachée du corps, dans un autre niveau de conscience, évoluant dans le monde invisible. 

“Vous vous réveillez chaque matin d’un état aussi étrange, aussi inexplicable que la mort, vous ressuscitez de ce néant pour y retomber le soir. Était-ce le néant ? Non ; car vous avez rêvé, et vos rêves ont été pour vous aussi réels que la réalité de la veille. […] Vous étiez le même individu, mais vous vous trouviez dans un autre milieu et vous meniez une autre existence”

Le parallèle avec la mort y est toujours central, d’ailleurs, le sommeil et le rêve sont la justification même de l’idée de vie après la mort.

En s’appuyant sur les écrits de Swedenborg, Edouard Schuré décrit le rêve comme un aperçu intermédiaire du monde immatériel dans lequel la mort nous fait plonger. Comme Swedenborg, il pense que : “Le Sommeil, le Rêve et l’Extase sont les trois portes ouvertes sur l’Au-Delà, d’où nous viennent la science de l’âme et l’art de la divination”.

Le rêve selon Papus

Voyons ce qu’en pense un autre auteur, très connu dans l’occultisme, Papus. Pour lui aussi, le rêve est une porte importante pour communiquer avec l’au-delà. Dans son Traité élémentaire d’occultisme, le célèbre mage, franc-maçon et théosophe y consacre plusieurs passages, détaillant les états de conscience et les corps énergétiques impliqués par le sommeil et le rêve.

Il y reprend l’idée selon laquelle la mort est une variété de sommeil dont l’âme se réveille plus forte, et continue son destin dans une forme de rêve. Selon lui, l’essence même de l’initiation antique repose sur la maîtrise du corps astral et sa dissociation du corps physique, qui permet de voir et de se déplacer dans le monde invisible. Dans ce plan astral circulent les anges, les esprits des morts, on peut y rencontrer les âmes des végétaux etc. Il s’y réalise aussi toutes les idées que crée l’humanité, que ce soit à l’état d’éveil ou dans les rêves et on y trouve également toutes les informations qui existent dans l’univers.

Le rêve selon Patrick Burensteinas

Auteur plus récent, Patrick Burensteinas a développé la question du rêve dans son ouvrage « Un alchimiste raconte ». Il y défend la conception selon laquelle la réalité est composée de différents mondes plus ou moins connectés, imbriqués entre eux. Rêver, c’est chausser son corps du 9ème monde et aller prospecter à sa frontière. Alors quand on parle de 9ème monde, de quatrième dimension ou de plan astral, il s’agit du même concept expliqué avec différents mots. 

Pour Patrick Burensteinas ce phénomène de dédoublement ne concerne pas tous les rêves. Il y a les rêves qu’il qualifie de compensatoire, où nous ne faisons que rejouer les émotions et les expériences que nous avons vécues durant la journée.

Ensuite il y a les voyages astraux, ces rêves étranges, extrêmement réels dont on se souvient très bien.

On peut y rencontrer d’autres rêveurs, des personnes décédées et accéder aux champs morphiques. Le champ morphique est une croyance selon laquelle toutes les informations qui sont dans la conscience humaine, flottent comme un nuage d’information auquel on peut accéder dans différentes conditions, on retrouve également ce concept chez Papus.

Les inventions et les idées ne viendraient pas de leurs inventeurs, ils ne feraient que piocher une idée préexistante dans ces champs morphiques. C’est ainsi que l’homme a inventé le feu un peu partout sur la planète au même moment, ou que les grands inventeurs étaient souvent en concurrence avec plusieurs autres personnes qui essayaient de faire breveter ou publier la même découverte au même moment. 

Dans ce monde d’informations, les rêveurs peuvent se croiser et échanger d’âme à âme sans les limites de la mémoire cérébrale ou de la compréhension verbale. Patrick Burensteinas propose à ses lecteurs d’apprendre à diriger leurs rêves, c’est-à-dire faire des rêves lucides. Car oui, on peut prendre conscience pendant son sommeil que l’on est en train de rêver et plutôt que de se laisser entraîner par le scénario chaotique du rêve, on peut en prendre le contrôle. Selon lui, il faut apprendre à se servir du corps du 9ème monde, pour pouvoir voyager consciemment dans l’univers du rêve. 

Le rêve lucide selon Carlos Castaneda

Ce thème du rêve lucide a été développé en 1998, par Carlos Castaneda, un initié au shamanisme toltèque dans son dernier ouvrage « L’Art de rêver ». Il y explique comment utiliser le rêve lucide pour explorer d’autres dimensions et transformer ce qu’il appelle le corps énergétique.

Terrain d’initiation et de développement, le rêve lucide est aussi un territoire dangereux, peuplé d’esprits qui vous offrent leurs connaissances infinies contre votre énergie. Si pour Burensteinas c’est une bonne chose que d’aller chercher de l’information dans ce monde, pour Carlos Castaneda c’est vendre son âme et ne plus pouvoir la récupérer.

Le rêve dans le Vodou

Dans le Vodou, le rêve a une place particulière parmi les différentes manières d’entrer en contact avec les esprits. Alfred Métraux, dans son ouvrage « Le Vaudou Haïtien », consacre aux rêves une partie de son chapitre sur le monde surnaturel. Il en parle ainsi : “Les esprits s’entretiennent volontiers avec leurs fidèles par le moyen de songes. On trouverait difficilement un vaudouiste qui n’ait reçu la visite nocturne d’un esprit à un moment ou un autre de son existence. Prêtres et prêtresses sont à cet égard très favorisés”.  

Alfred Métraux précise que dans le vaudou haïtien, ce sont surtout les loas qui communiquent avec les humains lors des songes. Une personne qui rêve d’un membre de sa famille ou d’un ami risque en réalité d’être confronté à un loa qui aura pris l’apparence d’une connaissance. “Le dormeur ne s’y trompe pas : un détail du costume, un objet symbolique ou simplement une certitude intérieure lui révèle l’identité de son visiteur nocturne”

Le rêve a de nombreux usages et véhicule de nombreux messages que les esprits souhaitent faire parvenir aux humains. “Les loas apparaissent en songe à leurs serviteurs pour les avertir des sortilèges dont ils sont menacés. […] Les loas se manifestent aussi pour annoncer à leurs serviteurs qu’ils leur ont concédé une grâce sollicitée”. 

Le rêve est non seulement un moyen pour recevoir des messages des esprits, ou pour évoluer dans les mondes surnaturels, mais c’est aussi un lieu de rencontre privilégié, où les hommes peuvent entrer en contact et en « commerce » avec des esprits. Ceux-ci leur dévoilent les connaissances utiles à la compréhension de l’univers et les actions qui orientent ses manifestations. A ce titre, Alfred Métraux relève : “Les esprits viennent constamment leur (prêtres et prêtresses) donner des conseils, des recettes médicales et discuter avec eux de quelque rite nouveau dont ils souhaitent l’introduction. C’est pour cela qu’on hésite toujours à réveiller un houngan ou une mambo”. Le rêve est un lieu d’opportunités et de dangers, une manière de se tenir informé de tout ce qui se déroule dans la trame surnaturelle du monde.

Si vous voulez lire le texte complet de Vincent Carlier avec les sources, vous pouvez le télécharger ici.


Retrouvez l’histoire du rêve en vidéo sur la chaine.

À propos de

Je fais de l’ésotérisme un objet d’étude et non une croyance. Je ne prétends pas savoir ce qui est vrai ni ce qui est faux, cela m’importe peu. Tout ce que je veux c'est comprendre, voilà la seule chose qui m'intéresse, comprendre.

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