En franc-maçonnerie, les mots comptent, mais les symboles comptent encore plus. Et c’est normal : une partie du vocabulaire et de l’imaginaire vient du monde des bâtisseurs, avec ses outils, ses gestes, et sa manière de penser en formes. Le résultat, c’est un langage visuel très dense, où chaque élément du temple peut faire signe. [1]

Sommaire

  1. Pourquoi autant de symboles ?
  2. Le temple et le tableau de loge : la carte du territoire
  3. Les outils : équerre, compas, niveau, fil à plomb, maillet
  4. La pierre : brute et taillée, un classique
  5. Le pavé mosaïque : un sol qui parle
  6. Les colonnes J et B : un seuil symbolique
  7. Delta lumineux, Œil, lettre G : des lectures variables
  8. Lire sans surinterpréter : méthode simple
  9. Sources

1) Pourquoi autant de symboles ?

Les dossiers patrimoniaux le rappellent clairement : la franc-maçonnerie utilise un vocabulaire et des références largement empruntés à l’architecture et à la construction. Ce n’est pas un choix décoratif : c’est une manière d’exprimer des idées (morales, philosophiques, initiatiques) avec un langage qui se voit et se manipule. [1]

Et c’est là que le sujet devient intéressant : un symbole n’est pas une définition figée. Il peut être un point de départ pour une réflexion, avec des nuances selon les rites, les grades, et les traditions. [1]

2) Le temple et le tableau de loge : la carte du territoire

Un bon moyen de comprendre le “langage maçonnique”, c’est d’observer l’espace. Une étude publiée sur OpenEdition décrit un plan type qui se fixe vers le milieu du 18e siècle : une salle rectangulaire (“carré long”), symboliquement orientée (Orient/Occident, Septentrion/Midi). [2]

Sur ce même texte, on trouve une description précise d’un élément central : le tableau de loge (ou tapis de loge), placé sur le pavé mosaïque. Il s’agit d’une représentation graphique des symboles du grade travaillé (apprenti, compagnon, maître), et, à l’origine, il pouvait être dessiné à la craie puis effacé. [2]

La BnF présente également les “tableaux de loge” comme un support iconographique important, où apparaissent notamment des éléments comme l’équerre et le compas, et des références au Temple de Salomon selon les grades. [3]

Articles complémentaires : Tableau de loge : à quoi sert-il vraiment ?
Temple maçonnique : orientation et organisation (repères)

3) Les outils : équerre, compas, niveau, fil à plomb, maillet

La BnF résume un point essentiel : “de temps immémorial”, on attribue un sens allégorique aux outils du maçon. Dans cette présentation, l’équerre est associée à la droiture, le compas à la mesure, et le maillet à la force (entre autres exemples). [4]

Pour le duo niveau / fil à plomb, un rappel technique aide à comprendre pourquoi ces objets parlent si bien : le niveau sert à déterminer l’horizontale, et cette horizontale “ne peut être bien établie que par référence avec le fil à plomb”. [5]

Dans les descriptions d’iconographie du tableau de loge, on retrouve régulièrement cette boîte à outils : équerre, compas, niveau, fil à plomb, truelle, maillet, etc. [6] [2]

Articles complémentaires : Équerre et compas : repères et interprétations
Niveau et fil à plomb : pourquoi ces outils reviennent-ils ?

4) La pierre : brute et taillée, un classique

Toujours sur OpenEdition, le tableau de la loge d’apprenti est décrit avec la présence de la pierre brute et de la pierre taillée, en indiquant qu’elles évoquent “le travail qu’effectue l’initié sur lui-même”. [2]

Là, on touche un mécanisme très fréquent dans le langage maçonnique : un objet concret (la pierre) sert de support à une idée (le travail intérieur), sans que cela oblige à une lecture unique. [1]

Articles complémentaires : Pierre brute et pierre taillée : une métaphore du travail sur soi

5) Le pavé mosaïque : un sol qui parle

Dans la description d’un temple maçonnique au 18e siècle, OpenEdition indique que le sol est constitué d’un dallage noir et blanc, appelé “pavé mosaïque”, sur lequel est placé le tableau de loge. [2]

À ce stade, un détail important : un texte peut décrire un symbole (où il est placé, comment il apparaît) sans forcément imposer une interprétation unique. C’est précisément pour cela que les articles sur le “langage” insistent sur la diversité des lectures. [1]

Bowring, Josiah; First Degree Tracing Board; The Library and Museum of Freemasonry; http://www.artuk.org/artworks/first-degree-tracing-board-192138

Articles complémentaires : Le pavé mosaïque : origine, usage et interprétations

6) Les colonnes J et B : un seuil symbolique

OpenEdition décrit la porte d’entrée du temple encadrée par deux colonnes : au sud la colonne B (“Boaz”), au nord la colonne J (“Jakin”), avec la référence à la tradition des colonnes à l’entrée du Temple de Salomon. [2]

La BnF, dans ses contenus iconographiques autour du temple, mentionne également la présence des colonnes Jakin et Boaz à l’entrée parmi les éléments caractéristiques. [7]

Articles complémentaires : Jakin et Boaz : repères historiques et lecture symbolique

7) Delta lumineux, Œil, lettre G : des lectures variables

Dans la description du décor du temple, OpenEdition mentionne plusieurs éléments très connus : le Delta lumineux avec des variantes (Tétragramme, Œil “divin”, lettre G), et précise qu’il existe plusieurs interprétations de la lettre G (God, Grand Architecte, Géométrie, Gloire, Gnose…), présentées comme des lectures possibles. [2]

Ici, la règle d’or est simple : quand une source sérieuse indique qu’il y a plusieurs interprétations, la seule approche honnête consiste à présenter ces possibilités comme telles, sans en choisir une “officielle” par défaut. [2]

Articles complémentaires : Delta lumineux, Œil, lettre G : histoire et interprétations

8) Lire sans surinterpréter : méthode simple

Pour éviter le piège du “tout veut dire tout”, une méthode très simple fonctionne bien :

  • Décrire d’abord : où est le symbole, à quoi ressemble-t-il, avec quels autres éléments il apparaît (pavé mosaïque + tableau de loge, colonnes + porte, outils + pierre, etc.). [2]
  • Identifier la source : texte patrimonial (BnF), étude historique (OpenEdition), document iconographique (tableaux de loge). [3][2]
  • Distinguer les niveaux : usage (ce qui est attesté), interprétation (ce qui varie), et affirmation invérifiable (auquel cas : Je ne sais pas). [1]

Avec cette grille, les symboles deviennent lisibles sans perdre leur profondeur : ils restent des objets de réflexion, pas des “preuves” automatiques de quoi que ce soit. [1]

Sources

  1. Bibliothèque nationale de France (BnF) – Les Essentiels, “Une introduction aux langages maçonniques”. Date non indiquée sur la page consultée.
    https://essentiels.bnf.fr/…/une-introduction-langages-maconniques
  2. Presses universitaires du Midi, “Le temple maçonnique en France au 18e siècle”, sur OpenEdition Books (description de l’ordonnancement du temple, du pavé mosaïque, du tableau de loge, des colonnes J et B, et d’éléments comme Delta/Œil/lettre G). Date non indiquée sur la page consultée.
    https://books.openedition.org/pumi/14767?lang=en
  3. BnF – Les Essentiels, focus “Les tableaux de loge” (références iconographiques et présence récurrente d’éléments comme l’équerre et le compas). Date non indiquée sur la page consultée.
    https://essentiels.bnf.fr/…/tableaux-loge
  4. BnF – Les Essentiels, “Les symboles francs-maçonniques et leur évolution” (sens allégorique attribué aux outils : équerre/droiture, compas/mesure, maillet/force…). Date non indiquée sur la page consultée.
    https://essentiels.bnf.fr/…/symboles-francs-maconniques-et-leur-evolution
  5. BnF – Les Essentiels, image “Niveau avec fil à plomb” (fonction : l’horizontale du niveau s’établit par référence au fil à plomb). Date non indiquée sur la page consultée.
    https://essentiels.bnf.fr/…/niveau-avec-fil-plomb
  6. BnF – Les Essentiels, “Le tableau de loge” (image-explorer : liste d’éléments symboliques, dont corde à nœuds, colonnes J et B, pierre brute, équerre et compas, etc.). Date non indiquée sur la page consultée.
    https://essentiels.bnf.fr/…/tableau-loge
  7. BnF – Les Essentiels, album “Ici, tout est symbole” (mention d’éléments mobiliers caractéristiques du temple, dont les colonnes Jakin et Boaz). Date non indiquée sur la page consultée.
    https://essentiels.bnf.fr/…/ici-tout-est-symbole

À propos de l'auteur

Tony

Créateur et animateur de la chaine youtube mysteria, je navigue entre ésotérisme, occultisme, archéologie alternative, spiritualité etc. J'essaie de traiter tous ces sujets passionnants avec une juste dose d'esprit critique, pour explorer les mondes immatériels tout en gardant les pieds sur terre.

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