Quand on parle des “origines” de la franc-maçonnerie, il faut accepter une réalité assez simple :
il y a l’histoire documentée (textes, dates, institutions) et il y a les récits d’origine (mythes, légendes, symboles),
qui ne jouent pas le même rôle. Le but ici : remettre des repères solides, sans casser la magie du sujet, mais sans raconter n’importe quoi non plus.
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1) Deux “origines” pour le prix d’une : histoire et récit

Dans les dossiers patrimoniaux, on retrouve souvent cette idée : la franc-maçonnerie a des récits d’origine (qui structurent une culture, une symbolique, un imaginaire) et une histoire (qui se démontre avec des documents, des institutions, des textes datés). Mélanger les deux, c’est le moyen le plus rapide de se perdre.
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Autrement dit : les légendes (Temple de Salomon, bâtisseurs, filiations prestigieuses) peuvent avoir une fonction initiatique ou symbolique, sans être des “preuves” au sens historique. C’est précisément ce que rappelle la BnF quand elle évoque les mythes et origines.
[1]

2) Les “Old Charges” : quand la maçonnerie se raconte par écrit

Avant les grandes structures du 18e siècle, une partie des repères passe par des textes manuscrits souvent appelés “Old Charges” (anciens devoirs / anciennes constitutions). On y trouve des règles, des devoirs, des récits de “lignée” du métier, et une manière de dire : “voilà qui nous sommes”.

Basilica of Saint Denis, Paris.

Deux documents reviennent constamment dans les discussions historiques : le Regius Manuscript et le Cooke Manuscript. Ils n’expliquent pas “tout”, mais ils servent de jalons.

3) Regius et Cooke : deux jalons très cités

Le Regius Manuscript

Le catalogue des archives et manuscrits de la British Library décrit Royal MS 17 A I comme un
“Poem on the craft of masonry (‘The Regius Manuscript’)” et le date de la première moitié du 15e siècle.
[2]

Le Cooke Manuscript

La BnF présente le manuscrit Cooke comme daté entre 1425 et 1450 (selon la page descriptive consultée).
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Pour situer aussi l’objet dans l’histoire de la recherche : la Quatuor Coronati Lodge (loge d’étude maçonnique) a publié un volume incluant un fac-similé et une transcription du “Matthew Cooke Manuscript”, identifié comme Additional MS 23,198 (British Museum).
[4]

Point important : ces textes sont précieux, mais ils ne suffisent pas, à eux seuls, à prouver une continuité simple et linéaire vers la franc-maçonnerie “moderne” telle qu’elle se structure ensuite. Ils sont surtout des témoins d’un univers de métier et de règles, avec des récits fondateurs.

4) L’Écosse et les statuts Schaw : loges, règles, organisation

Si vous cherchez un repère extrêmement cité pour l’organisation des loges opératives en Écosse, vous tombez vite sur les statuts Schaw. La BnF indique qu’ils ont été édictés en 1598 et 1599 par William Schaw, maître des bâtiments du roi d’Écosse.
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Dit autrement : on voit se dessiner des règles, une discipline, une administration du métier. Et ce type de structuration est souvent évoqué quand on parle du passage progressif vers des formes de loges plus “sociales” et symboliques.

5) Des “acceptés” aux loges plus spéculatives : un indice célèbre

Quand on explique le glissement “opératif” (métier du bâtiment) vers des formes plus “spéculatives” (démarche symbolique et initiatique), un nom ressort régulièrement : Elias Ashmole.

Une publication reproduisant un extrait de son journal mentionne qu’il fut “fait” franc-maçon à Warrington, le 16 octobre 1646 (avec l’horaire noté) et cite aussi une convocation à une loge à Masons’ Hall (Londres) en mars 1682.
[6]

Ce document n’établit pas à lui seul “l’origine” de la franc-maçonnerie moderne, mais il sert d’indice solide : au 17e siècle, on trouve des traces écrites de pratiques de loge et d’admissions, dans un contexte qui intéresse évidemment les historiens.

6) Vers 1717 : quand l’organisation se formalise

Pour rester strictement sur le terrain des repères institutionnels, l’United Grand Lodge of England (UGLE) indique que le 24 juin 1717 (St John’s Day), quatre loges londoniennes se réunissent à la Goose and Gridiron Tavern, se déclarent Grande Loge, et élisent Anthony Sayer comme premier Grand Maître.
[7]

La BnF, dans son article sur les mythes et origines, mentionne également la fondation d’une jeune Grande Loge à Londres le 24 juin 1717.
[1]

C’est souvent à partir de là que l’on parle d’une franc-maçonnerie “organisée” au sens moderne, même si, comme toujours, l’histoire réelle est plus graduelle qu’un simple interrupteur “avant/après”.

7) Ce qu’il faut retenir

  • “Origines” peut vouloir dire récits symboliques ou histoire documentée : ce n’est pas la même chose.
    [1]
  • Le Regius Manuscript (Royal MS 17 A I) est catalogué par la British Library comme un poème sur l’art de la maçonnerie,
    daté de la première moitié du 15e siècle.
    [2]
  • Le Cooke Manuscript est présenté par la BnF comme daté entre 1425 et 1450.
    [3]
  • Les statuts Schaw (1598–1599) sont un repère majeur pour comprendre l’organisation des loges opératives en Écosse.
    [5]
  • Le journal d’Elias Ashmole (1646, puis 1682) est souvent cité parce qu’il fournit une trace écrite d’activité maçonnique.
    [6]
  • L’UGLE présente le 24 juin 1717 comme la réunion fondatrice de la première Grande Loge, avec élection d’Anthony Sayer.
    [7]

Sources

  1. Bibliothèque nationale de France (BnF) – Les Essentiels, “Mythes et origines de la franc-maçonnerie”.
    https://essentiels.bnf.fr/…/mythes-et-origines-la-franc-maconnerie
  2. British Library, Archives & Manuscripts Catalogue Search Results, entrée “Royal MS 17 A I — ‘Poem on the craft of masonry (‘The Regius Manuscript’)’”, datée “1st half of the 15th century”.
    https://searcharchives.bl.uk/… (résultats incluant Royal MS 17 A I)

  3. BnF – Les Essentiels, “Manuscrit Cooke, entre 1425 et 1450 (lignes 463 à 490)”.
    https://essentiels.bnf.fr/…/manuscrit-cooke-entre-1425-et-1450

  4. Quatuor Coronati Lodge, The Library and Museum of Freemasonry, vol. 2 (PDF),
    mention d’un “Facsimile and Transcript of the ‘Matthew Cooke Manuscript.’ Additional MS., 23,198 (British Museum)”.
    https://www.quatuorcoronati.com/wp-content/uploads/2016/12/QCA_VOL-2.pdf

  5. BnF – Les Essentiels, “Les ‘statuts Schaw’ : les premières loges autonomes” (snippet indiquant 1598 et 1599, William Schaw).
    https://essentiels.bnf.fr/…/statuts-schaw-premieres-loges-autonomes

  6. Masonic Periodicals Online, PDF d’un périodique (1881) reproduisant l’extrait du journal d’Elias Ashmole : entrée du 16 octobre 1646 (“I was made a Free Mason at Warrington…”) et mention de mars 1682 (convocation à Masons’ Hall).
    Le PDF est une reproduction d’un document ancien ; il est utilisé ici pour l’extrait cité.
    https://masonicperiodicals.org/…/119-MMG-1881-12-01-001-SINGLE.pdf

  7. United Grand Lodge of England (UGLE), “History of Freemasonry” (section 1717 : réunion de quatre loges au Goose and Gridiron, élection d’Anthony Sayer).
    https://www.ugle.org.uk/discover-freemasonry/history-freemasonry

À propos de l'auteur

Tony

Créateur et animateur de la chaine youtube mysteria, je navigue entre ésotérisme, occultisme, archéologie alternative, spiritualité etc. J'essaie de traiter tous ces sujets passionnants avec une juste dose d'esprit critique, pour explorer les mondes immatériels tout en gardant les pieds sur terre.

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