S’il fallait choisir un duo d’objets qui résume l’imaginaire maçonnique, ce serait très souvent celui-là : l’équerre et le compas. On les voit sur des tableaux de loge, des gravures, des décors, et dans une quantité d’objets historiques. Mais qu’est-ce qu’on peut affirmer, concrètement, et qu’est-ce qui relève de la lecture symbolique (donc variable) ?

Dans cet article : des repères vérifiables (sources patrimoniales et universitaires), puis des pistes d’interprétation, en restant prudent dès que ça devient impossible à trancher.

Sommaire

  1. Pourquoi ces outils ? Un repère historique simple
  2. Où les voit-on en loge ? (tableaux, décor, objets)
  3. Les sens “classiques” : ce que dit la BnF
  4. Pourquoi les interprétations varient
  5. Comment les lire sans surinterpréter
  6. FAQ
  7. Sources

1) Pourquoi ces outils ? Un repère historique simple

Un point revient dans les sources muséales et patrimoniales : le rituel maçonnique utilise des symboles architecturaux et des outils (dont l’équerre et le compas) associés au monde des bâtisseurs. Le British Museum résume cette idée en indiquant que le rituel maçonnique fait usage de symboles architecturaux et d’outils du tailleur de pierre médiéval, en citant explicitement square and compasses. [1]

La BnF, de son côté, présente la franc-maçonnerie comme un ensemble de langages et de symboles, dont une partie s’appuie sur cet héritage d’outils et de références. [2]

Ce repère est utile, parce qu’il évite un contresens : l’équerre et le compas ne sont pas “deux gadgets mystérieux tombés du ciel”. Ce sont d’abord des outils réels, devenus des supports d’idées. [1]

2) Où les voit-on en loge ? (tableaux, décor, objets)

Si vous observez un temple “type” décrit pour la France au 18e siècle, vous tombez vite sur un élément central : le tableau de loge, posé sur le pavé mosaïque, qui rassemble des symboles du grade travaillé. Dans cette description universitaire, les outils de maçon figurent explicitement sur le tableau, et la liste inclut équerre et compas (entre autres). [3]

Autrement dit : équerre et compas ne sont pas seulement “un logo”. Ce sont aussi des éléments d’un dispositif visuel (tableau), pensé pour accompagner un enseignement et une progression. [3]

3) Les sens “classiques” : ce que dit la BnF

Pour rester sur du vérifiable : la BnF propose des repères de lecture en rappelant qu’on attribue depuis longtemps une valeur allégorique aux outils du maçon. Dans cette présentation, l’équerre est associée à la droiture, et le compas à la mesure. [4]

C’est une excellente base, parce qu’elle colle au concret : l’équerre sert à tracer un angle droit (donc “rendre juste” et “rectifier”), et le compas sert à tracer des arcs et des cercles (donc “donner une mesure”, “définir une limite”, “circonscrire”). La source, ici, ne prétend pas enfermer l’interprétation dans une phrase unique, mais elle donne des associations classiques et attestées. [4]

Dans la même logique, la BnF parle de “langages maçonniques” (au pluriel), ce qui aide à comprendre pourquoi un même outil peut être lu de plusieurs manières selon les traditions. [2]

4) Pourquoi les interprétations varient

Une partie de la variation vient simplement du fait que la franc-maçonnerie ne se résume pas à un seul cadre : rites, usages, époques, pays, et sensibilités peuvent changer la manière d’expliquer un symbole. C’est précisément le sens de l’expression “langages maçonniques” telle qu’elle est présentée par la BnF. [2]

À partir de là, deux erreurs sont fréquentes :

  • Transformer une lecture en “définition officielle universelle” : si la source ne le dit pas, il n’y a pas de raison de l’affirmer.
  • Tomber dans le “tout se vaut” : ce n’est pas parce qu’il existe des interprétations variées qu’on doit inventer n’importe quoi. Une lecture solide commence toujours par une description (outil réel, emplacement, usage dans un tableau). [3]

5) Comment les lire sans surinterpréter

  1. Décrivez l’objet : une équerre (angle droit) et un compas (arcs, cercles). Pas d’interprétation, juste du factuel.
  2. Regardez le contexte : sur un tableau de loge, l’équerre et le compas apparaissent au milieu d’autres éléments (pavé mosaïque, colonnes, pierre brute/taillée, etc.). [3]
  3. Citez une source quand vous attribuez un sens : par exemple, “équerre = droiture” et “compas = mesure” sont donnés comme repères par la BnF. [4]
  4. Acceptez la pluralité : si plusieurs traditions donnent des nuances, présentez-les comme des lectures possibles. [2]
  5. Coupez court à l’invérifiable : si une affirmation ne peut pas être sourcée, la réponse exacte est : Je ne sais pas.

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FAQ

L’équerre et le compas ont-ils une “signification officielle” unique ?

Les sources consultées donnent des repères (par exemple, équerre = droiture, compas = mesure), mais elles insistent aussi sur l’existence de langages au pluriel, donc de variations possibles selon les traditions. [4][2]

Est-ce que ce duo vient “directement” des bâtisseurs médiévaux ?

Le British Museum indique que le rituel maçonnique utilise des outils du tailleur de pierre médiéval (dont l’équerre et le compas), ce qui établit un lien général entre l’imaginaire maçonnique et les outils de la construction. En revanche, une filiation “directe” et uniforme, sans nuance, dépendrait de travaux historiques plus spécifiques. Je ne sais pas conclure davantage à partir des seules sources citées ici. [1]

Pourquoi les voit-on partout, y compris hors des temples ?

Le British Museum précise que ces emblèmes ont décoré des objets fabriqués pour les francs-maçons à partir du 18e siècle (par exemple des céramiques et des verres), ce qui explique leur diffusion dans la culture matérielle. [1]

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Sources

  1. British Museum, “Freemasons” (notice de contexte : usage de symboles architecturaux et des outils du tailleur de pierre médiéval, dont square and compasses, et diffusion sur des objets à partir du 18e siècle). Date non indiquée sur la page consultée.
    https://www.britishmuseum.org/collection/term/BIOG69907
  2. Bibliothèque nationale de France (BnF) – Les Essentiels, “Une introduction aux langages maçonniques” (Frédérick Tristan). Date non indiquée sur la page consultée.
    https://essentiels.bnf.fr/…/une-introduction-langages-maconniques
  3. Michel Taillefer, “Le temple maçonnique en France au 18e siècle”, in Études sur la sociabilité à Toulouse et dans le Midi toulousain de l’Ancien Régime à la Révolution, Presses universitaires du Midi, 2014 (OpenEdition Books), DOI: 10.4000/books.pumi.14767 (liste d’outils sur le tableau de loge, dont équerre et compas).
    https://books.openedition.org/pumi/14767?lang=en
  4. BnF – Les Essentiels, “Les symboles francs-maçonniques et leur évolution” (repères allégoriques : équerre/droiture, compas/mesure). Date non indiquée sur la page consultée.
    https://essentiels.bnf.fr/…/symboles-francs-maconniques-et-leur-evolution

À propos de l'auteur

Tony

Créateur et animateur de la chaine youtube mysteria, je navigue entre ésotérisme, occultisme, archéologie alternative, spiritualité etc. J'essaie de traiter tous ces sujets passionnants avec une juste dose d'esprit critique, pour explorer les mondes immatériels tout en gardant les pieds sur terre.

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