Deux colonnes à l’entrée. Deux lettres, J et B, qui reviennent partout dans l’iconographie maçonnique. Et, très vite, deux réactions classiques : soit “c’est juste du décor”, soit “c’est un code caché”. Entre les deux, il y a une approche plus solide : partir des repères vérifiables, puis ouvrir des pistes de lecture sans prétendre à une définition unique.

Sommaire

  1. Le repère de base : les colonnes du Temple de Salomon (Bible)
  2. En loge : des colonnes à l’entrée, un seuil symbolique
  3. Que veulent dire “Jakin/Jachin” et “Boaz” ?
  4. Pourquoi les représentations varient-elles autant ?
  5. Lectures possibles (sans surinterpréter)
  6. FAQ
  7. Sources

1) Le repère de base : les colonnes du Temple de Salomon (Bible)

Si l’on veut être carré dès le départ : Jakin (ou Jachin/Jakin) et Boaz sont, dans le récit biblique, les noms de deux colonnes placées à l’entrée du Temple associé à Salomon. Le verset de 1 Rois 7:21 mentionne explicitement qu’on dresse deux colonnes et qu’on les nomme ainsi.

Un autre passage, 2 Chroniques 3:17, précise la logique “sud / nord” (une colonne au sud, l’autre au nord), ce qui donne déjà une chose utile : ces colonnes sont pensées comme un encadrement d’entrée, pas comme un motif décoratif flottant.

2) En loge : des colonnes à l’entrée, un seuil symbolique

Côté franc-maçonnerie, on peut au moins établir un repère simple grâce à la BnF : dans sa présentation des temples maçonniques, la BnF cite parmi les éléments visibles les colonnes Jakin et Boaz à l’entrée. Autrement dit, même sans entrer dans les variantes de rite, l’idée “colonnes = seuil” est bien documentée.

Autre indice très parlant : dans un visuel commenté de la BnF sur le tableau de loge d’apprenti, il est indiqué que l’élévation montre notamment les deux colonnes Jakin et Boaz et la porte au-delà de laquelle le regard pénètre dans l’espace symbolique. Là aussi, le message “on franchit” est inscrit dans la mise en scène.

À lire aussi : Tableau de loge : à quoi sert-il vraiment ?
Symboles et langage maçonnique : apprendre à lire une loge

3) Que veulent dire “Jakin/Jachin” et “Boaz” ?

Sur le sens des noms, il faut rester humble : les traductions et notes varient selon les éditions. Mais on peut donner un repère très courant, car plusieurs versions annotées le rendent explicitement : Jachin/Jakin est souvent compris comme “il établit / il affermit”, et Boaz comme “en lui est la force”.

Ce duo “établir” + “force” explique pourquoi, dans les commentaires et catéchismes maçonniques (selon les traditions), on croise souvent l’idée d’une entrée placée sous le signe de la stabilité et de la force. Mais attention : ce n’est pas une “définition officielle universelle”, c’est une lecture très répandue, appuyée sur des traductions.

4) Pourquoi les représentations varient-elles autant ?

Parce que les symboles circulent, se transforment et se réinterprètent. Et la BnF donne un exemple concret très utile : dans son article sur les tableaux de loge, elle explique que certaines colonnes “Jakin et Boaz” (aux grades bleus) peuvent devenir, selon les contextes, des colonnes de Seth, d’Hermès, ou encore d’autres variantes iconographiques.

C’est précieux, car cela coupe court à l’idée “un symbole = une seule lecture”. Ici, la source patrimoniale vous dit noir sur blanc : les colonnes existent comme repère, mais leur habillage symbolique peut bouger.

5) Lectures possibles (sans surinterpréter)

Lecture A : le seuil entre deux mondes

C’est la lecture la plus “concrète” : les colonnes encadrent une entrée. Dans la logique du temple maçonnique décrite par la BnF, elles marquent un passage, et le tableau de loge d’apprenti commenté parle même d’une porte “au-delà de laquelle” le regard entre dans l’espace symbolique. On est donc sur une idée de transition : dehors / dedans, profane / espace de travail.

Lecture B : “établir” et “force” comme deux appuis

À partir des traductions courantes (Jachin = “il établit”, Boaz = “en lui est la force”), beaucoup de discours voient deux “piliers” conceptuels : d’un côté la stabilité (tenir, construire, durer), de l’autre la force (agir, soutenir, traverser). Ce n’est pas une preuve de quoi que ce soit : c’est un cadre de lecture cohérent avec les noms.

Lecture C : un symbole qui vit… donc un symbole qui se dispute

Le fait même que la BnF mentionne des transformations (colonnes de Seth, d’Hermès, etc.) rappelle une chose simple : plus un symbole est central, plus il attire des couches d’interprétation. Les colonnes deviennent alors un écran de projection : certains y verront un repère biblique, d’autres une porte “mythique”, d’autres encore un outil pédagogique. Tant qu’une lecture est présentée comme une lecture (et pas la vérité unique), elle reste honnête.

6) FAQ

Jakin est à gauche et Boaz à droite… ou l’inverse ?

Je ne sais pas vous donner une règle universelle valable pour tous les rites et toutes les époques, parce que cela dépend justement des traditions et des usages. En revanche, ce qui est solidement documenté ici, c’est que la Bible donne un repère “sud / nord” (2 Chroniques 3:17), et que la franc-maçonnerie conserve l’idée de colonnes à l’entrée (BnF).

Les colonnes sont-elles “secrètes” ?

Non, au sens où elles sont largement visibles dans l’iconographie publique (tableaux de loge, musées, documents patrimoniaux). Le travail maçonnique porte plutôt sur la manière de les lire et de les articuler avec un rite et un grade.

Pourquoi voit-on parfois J et B, et pas “Jakin” et “Boaz” écrits en toutes lettres ?

Je ne sais pas donner une origine unique et certaine à cet usage à partir des seules sources citées ici. Ce que l’on peut dire, c’est que la réduction en initiales est très fréquente dans l’iconographie (tabliers, tableaux, schémas), et qu’elle renvoie directement à ces deux noms.

Sources

  • Bible : 1 Rois 7:21 (BibleGateway, KJV) — lien
  • Bible : 2 Chroniques 3:17 (BibleGateway, plusieurs versions) — lien
  • Bibliothèque nationale de France (BnF – Les Essentiels) : “Les temples maçonniques” (focus) — lien
  • BnF – Les Essentiels (image commentée) : “Tableau de loge d’apprenti” — lien
  • BnF – Les Essentiels : “Les tableaux de loge” (focus) — lien
  • Sefaria : I Kings 7:21 (JPS 1917 + traductions) — lien

À propos de l'auteur

Tony

Créateur et animateur de la chaine youtube mysteria, je navigue entre ésotérisme, occultisme, archéologie alternative, spiritualité etc. J'essaie de traiter tous ces sujets passionnants avec une juste dose d'esprit critique, pour explorer les mondes immatériels tout en gardant les pieds sur terre.

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