Un sol en damier, des carreaux noirs et blancs qui alternent sagement : le pavé mosaïque est si familier qu’on finit par ne plus le voir. C’est pourtant l’un des plus anciens éléments du décor maçonnique, et l’un de ceux qui ont reçu le plus d’interprétations. Prenons le temps de le regarder vraiment.

Le pavé mosaïque, damier noir et blanc du temple maçonnique

Le sol de la loge

Dans sa description du temple maçonnique français au XVIIIe siècle, l’historien Michel Taillefer présente le pavé mosaïque comme le sol du temple : un dallage noir et blanc, sur lequel on pose le tableau de loge. Il précise que ce « plan type » se fixe vers le milieu du XVIIIe siècle. La BnF mentionne elle aussi ce sol en damier dans sa présentation des temples, et range le pavé mosaïque parmi les éléments du Temple de Salomon, modèle architectural de la loge, aux côtés des colonnes Jakin et Boaz.

Retenez bien la distinction : le pavé est le sol, le tableau est le schéma des symboles du grade, posé dessus. Les deux sont liés, mais ce ne sont pas des synonymes.

Un symbole des années 1720

Le chercheur Shawn Eyer a consacré une étude à ce symbole. Il relève une annonce publicitaire de 1726 environ, intitulée « Antediluvian Masonry », qui cite déjà les « Mosaick Pavements » parmi les sujets à traiter. Puis vient en 1730 le catéchisme publié par Samuel Prichard, Masonry Dissected, selon lequel le « mobilier » de la loge comprend le pavé mosaïque, l’étoile flamboyante et la bordure dentelée. Le pavé y est décrit comme le sol de la loge, l’étoile comme son centre, la bordure comme son pourtour.

Pourquoi « mosaïque » ? Eyer note que l’hébreu biblique ritzfah désigne un pavement, un dallage, voire un sol en mosaïque, là où les Bibles anglaises traduisent simplement « le pavement ». Il ne retrace pas l’origine exacte de l’expression maçonnique, et je ne la connais pas avec certitude non plus.

Un damier, mille lectures

Eyer recense une belle série d’interprétations, qui montrent comment un même sol a pu parler différemment selon les rites et les auteurs :

  • Le bien et le mal : dans le travail américain, les carreaux représentent le bien et le mal, la bordure les bienfaits de la Providence ;
  • La matière : dans le rite anglais Émulation, le pavé figure la matière, l’étoile le Soleil et la bordure les planètes ;
  • La diversité et l’union : chez Preston, à la fin du XVIIIe siècle, les ornements évoquent la variété du monde, et leur grande leçon morale est l’union ;
  • L’humilité et l’amour fraternel : chez Hutchinson, en 1775 ;
  • Le yin et le yang : chez René Guénon, au XXe siècle.

Le Manual of Freemasonry de Richard Carlile, une divulgation publiée en 1825 puis en livre en 1831, va dans le sens de la diversité : il décrit le pavement comme « varié et en damier », à l’image de la diversité des objets qui ornent la création.

La lecture par les contraires (lumière et ombre, bien et mal) n’est donc qu’une lecture parmi d’autres. Elle est belle, mais elle n’est ni la seule ni forcément la plus ancienne.

Un sol qui délimite

Au-delà du sens, le pavé a une fonction : il marque l’espace du travail rituel. Avec la corde à nœuds qui l’encadre souvent, il dessine un lieu à part, séparé du monde profane. Pour comprendre comment il s’intègre dans l’ensemble de la loge, voyez le temple maçonnique et le guide du symbolisme maçonnique.

Sources

À propos de l'auteur

Tony

Créateur et animateur de la chaine youtube mysteria, je navigue entre ésotérisme, occultisme, archéologie alternative, spiritualité etc. J'essaie de traiter tous ces sujets passionnants avec une juste dose d'esprit critique, pour explorer les mondes immatériels tout en gardant les pieds sur terre.

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